MAI 2013

 

L'après DIEN BIEN PHU

ou la face cachée de la braderie de l'Indochine Française

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Il est rentré  comme ça. C'était en août 1954 lorsque les prisonniers français ont été rendus à la suite des accords de Genève, cette honteuse braderie de l'Indochine française.

Il ne pesait plus que 40 kg et il n'était pas le plus "léger". Certains de ses camarades étaient en bien pire état et beaucoup sont morts  une fois libérés.

Aujourd'hui "Yaya" est bien vivant. "Yaya" c'est son surnom favori. C'est un ancien du 8e Choc, il habite près de Toulouse. Personnage très attachant il a gardé ce caractère impétueux propre aux méditerranéens mais il ne manque ni de sagesse, ni d'humour, c'est ce mélange qui fait son charme. Il est né en Crête cette grande île baignée de légendes et d'histoire. C'est là que Thésée aidé par Ariane tua le Minotaure, mi homme mi taureau qui chaque année, exigeait le sacrifice de sept jeunes hommes et de sept jeunes filles.

Thésée entra dans le labyrinthe construit par Dédale et tua le monstre. Il ressortit grâce au fil que lui donna Ariane à l'entrée.

"Yaya" connait cette histoire et bien d'autres encore mais la sienne ne tient pas de la légende. C'est un para de  Dien Bien Phu de la 3e compagnie du 8e Choc.

 Pendant la bataille il sert aux 12.7 quadruples. La nuit, il tire sans discontinuer. Le jour, après un rien de repos il nettoie les tubes et va s'occuper des blessés. Les servants des "quads" ont tellement tiré qu'à la fin de la bataille, autour des emplacements bouleversés par les obus, il y a un tapis d'étuis de plus d'un mètre.

Le 7 mai en fin d'après midi après avoir cassé les mitrailleuses, "Yaya" sera fait prisonnier comme le reste du bataillon et le calvaire commence. Il ne va durer que trois mois mais  il faut bien moins que cela à l'enfer communiste  pour briser les corps autant que les esprits. Il sera libéré mais dans quel état !

 Pierre Accoce dans son livre "médecins à Dien Bien Phu" évoque cette "libération". L'échange à Vietri entre les prisonniers faits par les français et ceux faits par l'armée de Giap.

" Coté français, 63000 fichés, "camionnés" tous indemnes. Coté vietminh, chargés à Vietri sur des chalands de la Marine qui empruntent le Fleuve Rouge, des égrotants relâchés comme à regret, au compte goutte durant  quinze décevantes et longues journées. Des spectres aux rangs clairsemés, en place des cortèges quand même espérés. C'est alors que les crimes commis au fond des bois par les miliciens de Giap et leurs séides, au nom de la République populaire du Nord-Viêt-nam, sauteront sans fard aux yeux.

 Ces squelettes évoluent à gestes lents, précautionneux, la face creusée sous le casque conique en feuilles de latanier, le regard fiévreux. Des scrofuleux et des cachexiques. Des "morts-de-faim", comparables aux déportés en 1945, qui revenaient de Buchenwald ou de Dachau. Sur les 36 979 prisonniers attendus, seulement 10 754 survivants ; 6 132 d'entre eux, ayant fondu de moitié, au moins ; un bon nombre ne pesant plus de trente-huit kilos, trente-six kilos, trente-cinq kilos même. Qui devront être hospitalisés, dans un impressionnant état carentiel. Dont soixante et un mourront aussitôt, à peine parvenus à Hanoï.

 Le taux des disparitions globales dépasse de loin celui observé dans les camps de prisonniers français aux mains des Allemands en 1939-1945.

 Là encore, les chiffres ne trompent pas : 11 721 capturés à Dien Bien Phu  du 13 mars au 7 mai inclus ;

3 290 libérés seulement ; les derniers dans le lot des 10 754 survivants. Soit 8 431 morts en captivité. L'emprisonnement n'a pourtant duré que trois mois à peine, marche comprise, pour le plus grand nombre de ces combattants sacrifiés en pays thaï.

 Une tuerie délibérée. Fallait-il qu'ils soient haïs par les Viêts, ces soldats de Diên Biên Phu … La boucherie en douce. Oui, systématisée. Enregistrée dans un silence général honteux. Mendès France qui, aussitôt la paix signée à Genève, le 20 juillet, avait confié : "Elle n'est pas parfaite mais une mauvaise affaire ne comporte pas de bons règlements", n'a pas eu un mot d'indignation, au nom de son gouvernement, devant cette immolation en gros. Personne ne s'en est ému dans les cercles autorisés, telle la Croix-Rouge ; ni au sein du comité français, ni au comité international. En métropole, les bonnes consciences, complices implicitement, se sont également tues.

 Tous informés, pourtant. Autant à propos des morts que sur l'état des survivants. Car le médecin-commandant Martin, professeur agrégé du corps de santé colonial, médecin consultant des forces armées en Extrême-Orient, qu'assistait une nombreuse équipe, avait pris la précaution, dès leur arrivée, de procéder à des examens minutieux des revenants, complétés par d'innombrables photographies. Son document, intitulé "Etat sanitaire des prisonniers de guerre libérés par les autorités de la République populaire du Viêt-nam", donne le frisson…".

 En France on "fête" la fin de cette "sale guerre", pléonasme qui fera mode pour la guerre suivante.

 Le gouvernement est soulagé même s'il s'en est lâchement débarrassé et le parti des camarades célèbre la victoire de l'Internationale Communiste sur le colonialisme et l'impérialisme. Il y a participé activement à la victoire, il a du sang français sur les mains et, en toute impunité, il en est encore fier.

Le Parti Communiste Français sait  bien que, dans ce Vietnam "libéré" sonne aussitôt  l'heure d'ouverture des fosses communes  pour  des dizaines de milliers de familles vietnamiennes  mais c'est dans la "tradition", le rouge n'est il pas la couleur de leur drapeau ?

 Quand les hommes de Dien Bien Phu rentrent enfin, on ouvre les placards pour eux. Il faut les cacher, il faut  "oublier" ces témoins de l'incurie de la république. On commence à en purger l'Armée mais on s'arrête bien vite car on a encore besoin d'eux pour une autre guerre.

 Fidèles soldats de France, ils vont y aller et ces cocus de l'Indochine vont devenir, en ayant cru au Père Noël, les cocus de l'Algérie…… Mais ceci est une autre histoire


                                                         ADC ® Jacques ANTOINE                                  

                                                          Chargé des Traditions

 

 

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                                        La mascarade a son décor

Les sites de restitution de prisonniers sont construits à la hâte ; ils ressemblent à des camps de vacances. Les cabanes sont en caïphen, avec, au centre, deux tables face à face séparant les deux délégations. Des banderoles aux slogans dérisoires décorent les murs sur lesquels le président Hô Chi Minh s'affiche dans sa "grande clémence".

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Les soldats viêtminh rendus par la France sont en bonne santé. Ils ont été nourris correctement et soignés conformément aux Conventions de Genève... La Croix Rouge Internationale y a farouchement veillé et les contrôles dans les camps ont été très fréquents tout au long de la guerre.

En revanche, cette même Croix-Rouge ne s'est absolument pas préoccupée du sort des prisonniers français dans les camps viêts.

A leur débarquement, les prisonniers viêtminh sont surpris de voir une nuée d'infirmiers et de paysans se précipiter sur eux pour les allonger sur des civières préparées à l'avance. Il ne s'agit pas de montrer aux caméras soviétiques que ceux qui sortent des "geôles colonialistes", paraissent vigoureux et souriants…

Les prisonniers ne comprennent pas à quoi on veut en venir et certains pensent qu'il s'agit d' un jeu. Un vieil homme qui s'est avancé pour obliger un prisonnier à se coucher sur une civière perd l'équilibre en voulant porter le soldat. Ce dernier se saisit alors du vieillard et le dépose sur le brancard.

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Les gardiens ont procédé à la toilette des prisonniers avant de les présenter ; des coiffeurs utilisant un matériel vétuste sont venus couper les barbes et les abondantes chevelures. Des uniformes de l'armée viêtminh ont été distribués avec des chapeaux, des sandales chinoises souvent trop petites, des sacs en toile pour ranger des affaires personnelles qu'ils n'ont plus depuis longtemps, une gamelle et un insigne métallique sur lequel est gravée la "colombe de la paix".

On leur distribue des soupes chinoises ; du choum leur est même proposé mais l'angoisse et l'énervement contractent l'estomac des prisonniers, surpris par cette prodigalité de dernière heure.

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Le moment de la libération venu, les prisonniers français sont dirigés sur un terre-plein et disposés en rang. Un vieux phonographe,  égrène de vieilles chansons françaises comme "Je vais revoir ma Normandie". Une mise en scène, répétée, met en action une trentaine de paysans réquisitionnés pour l'occasion. Ces derniers doivent, au signal donné par le commissaire politique, se jeter au cou des prisonniers et accrocher à leur chemise la colombe de la paix pendant que les cameramen des pays de l'Est filment la scène. L'opération est répétée plusieurs fois si nécessaire.

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Très nombreux sont ceux qui ne peuvent plus se traîner et restent sur leurs civières… Côté viêtminh c'est le silence le plus complet. Les officiers paraissent gênés. Ils ont perdu leur arrogance. Côté français tout est fait pour éviter les incidents et ne pas retarder le processus de libération.

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Certains prisonniers sont morts juste avant d'arriver au lieu d'échange et d'autres vont encore mourir avant de parvenir à l'hôpital.

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Le 6 septembre 1954, le commandant Tourret (au premier plan, en  casquette) est libéré. Peu de temps après, il s'inquiète de l'absence de quelques-uns de ses sous-officiers qu'il sait être détenus au camp hôpital-mouroir de Tuyen-Quang. Après de longues tractations avec la Commission Internationale de Vietri, il réussit à obtenir leur  libération et les fait récupérer par hélicoptère.

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 Monsieur Pierre Yassimides aujourd'hui (photo prise au quartier Fayolle)

parcourant la revue du Tarn qui lui rend un hommage 





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