OCTOBRE 2014

 

Les appelés du contingent

 A son arrivée à Castres en 1963 le 8e RPIMa s'est complètement transformé en régiment d'appelés et jusqu'en 1970 les contingents se sont succédés. Après 1970, les engagés les ont remplacé peu à peu sur plusieurs années.

Le "8" doit beaucoup à ses appelés dont les premiers ont combattu en Algérie, ils composaient à l'époque la majorité de l'effectif. A partir de 1963 ceux qui étaient incorporés avaient pour la plupart fait la "prémi para". Ils avaient la "pêche" et souvent n'avaient rien à envier aux engagés.

Voici quelques anecdotes vécues entre 1963 et 1970.

 

                                                            6 novembre 1964: Un appelé arrive au 8e RPIMa.

 «Je suis convoqué avec les derniers, l’incorporation s’étale sur plusieurs jours.

Curieusement nous sommes beaucoup de prémilitaires parisiens. Dans le train on cause !

J’arrive avec Gineste dans le dernier camion, derrière nous la sentinelle ferme les grilles. Première surprise, dans la chaîne administrative on nous demande si nous sommes volontaires pour sauter et j’entends pas mal de «non». Une bonne moitié (ça changera assez vite pour se maintenir à une trentaine sur 110/120).

Deuxième surprise : avec Gineste  nous nous retrouvons dans une chambre de seize avec un poêle à charbon, un caporal et de grandes gueules qui râlent en son absence (du caporal, pas du poêle) et font de la propagande antipara et antimilitariste. Mon Dieu, où sommes-nous tombés ? A la 1ère section de la 11e compagnie. Le temps de service légal est de dix-huit mois, raccourci à seize par deux mois de permission libérable.

Avec Gineste nous ne disons rien et allons coincer la bulle sur nos plumards superposés.

Le lendemain, ayant observé nos lascars, nous annonçons que NOUS sommes volontaires et que NOUS sommes brevetés prémilitaire. Nous entamons alors une contre-propagande. Une mafia de "prémis" s’organise dans la compagnie où notre camaraderie (toutes origines sociales confondues) étonne. Peu à peu les non prémis qui ont demandé les paras viennent vers nous. L’ambiance de la compagnie change.

Pourtant, je m’aperçois qu’on ne saute pas beaucoup et après les six sauts de brevet, il faut avoir de la chance pour faire plus de cinq sauts dans les treize mois restant. Pourtant on voit des appelés envoyés au saut à quatre jours de la quille, ce qui ne les enchante pas du tout.

C'est l’époque où les "instances très supérieures" cherchent à casser l’esprit para.

Bérets clairs l’été, pantalons larges, insignes de béret forme rondelle, chants interdits et pas lent très mal vu.

Ambiance bien différente de la prémi. »

                                                                                                        J.M. Durand

                                            

   Pas facile d'être para...

«A cette époque, l’ambiance chez les paras est très particulière. Le souvenir des événements d’Algérie est encore très présent chez les cadres ; mais ceux-ci n’en parlent pas. Une grande chasse aux sorcières est menée. Malheur à celui qui tient des propos considérés comme séditieux. Pas facile, dans une armée où sévissent les mesures de rétorsion antiparas, de donner un esprit de corps à des appelés dont la plupart ont été affectés d’office. Comment expliquer que certains médecins (appelés) des centres de sélection déclarent aptes des gens qui ne le sont pas ? Comment expliquer que les non-volontaires paras restent affectés au régiment (seuls les refus de saut à Pau sont mutés) ? Soyons reconnaissants à ceux qui vont se faire breveter et font leur boulot, car ce n'est pas la «bulle». Stages commandos, alertes "Guépard", manœuvres en survie, sauts avec des «bons vents», pas mal de casse. Manœuvres de D.O.T tous temps : dotés d'équipements rudimentaires avec lesquels nous sommes vite trempés ou avons bien froid, ou les deux. Les soldes ne permettent pas d’acheter des équipements complémentaires. Les permissions sont rares. Il est à noter toutefois que l’arrivée du lieutenant-colonel Drouin au régiment et celle du colonel Bigeard à la division sont appréciées.»

 

Monnaie de coiffeur

Peu avant le 14 juillet 1965, alors que la « 2 » est désignée pour défiler à Toulouse, le capitaine Vagner remarque une section dont les paras ont les cheveux un peu longs.

Le para Pierre Calimache, crossman de haut niveau, est désigné pour couper les cheveux à tout ce beau monde. La « séance tondeuse » commence aussitôt et les bénéficiaires de cette « coupe para » gratuite se sentent, au début, tous obligés de récompenser le coiffeur d’occasion. Peut-être ce dernier était-il particulièrement adroit ? Toujours est-il qu’à la fin de la séance, Pierre Calimache, qui ne fume pas du tout, récolte une quarantaine de paquets de « troupes », cigarettes réglementaires de l’armée française.

Nota: Pierre Callimache à terminé sa carrière à Castres comme capitaine des Sapeurs-Pompiers.

 

 

Les « Marie-Suzon »

A Castres la liste des distractions pour les militaires en goguette ne remplit pas un timbre poste. Les bars en ville ont vite raison de la maigre solde et puis les bars, ça va un temps, car les filles y sont rares. Quant à celles rencontrées dans la rue, elles ne sourient pas à ces paras draguant toujours par groupe de combat, c'est bien connu ! Certains vont donc chercher les filles où elles sont les plus disponibles, c'est-à-dire rue Bayard à Toulouse. De temps en temps ils en ramènent une mais pas sans avoir collé une raclée au maquereau récalcitrant. Combien de « Marie-Suzon » ont ainsi "visité" les chambres des compagnies ?

 

Complicité au sein du PEG à Caylus

Une manœuvre, suivie de trois semaines de camp régimentaire, débute par un saut de nuit sur la zone de La Barthe, après un vol tactique en Nord 2501 depuis Toulouse. Le thème de la manœuvre est la prise d'une localité africaine ; tout le monde doit donc emporter deux bidons d'eau et l'exercice doit se terminer avant midi. Avant l'action, tout le régiment est inspecté par le général. Arrivé à hauteur du PEG, le général s'étonne (ça s'étonne toujours beaucoup, un général) que ce peloton soit commandé par un sergent-chef (Baraton) puis il s'adresse à un élève gradé à propos de l'équipement emporté : "Vos bidons sont-ils pleins ?"

"Non mon général" répond le premier.

Un deuxième, un troisième puis un autre encore sont interrogés et donnent une même réponse. Le général s'adresse alors à la cantonade : "Qui a ses bidons pleins ?"

Timidement, Petiaux, un calme très pince sans rire, lève seul la main.

"Vous avez donc obéi aux ordres ?"

"Oui mon général, ils sont pleins mais je les ai oubliés".

Le général ne rit pas, le chef non plus…

Au départ du général furieux, le chef s'aperçoit que beaucoup ont des bidons pleins.

"Pourquoi n'avez-vous rien dit au général ?"

"Pour ne pas faire engueuler les autres, chef !"

Le pompon c'est que les deux sergents d'active ont eux aussi des bidons vides.

 

                                                                              Quand la météo est la plus forte.

Manœuvre «Pélican» dans le triangle Vabre – Brassac – Bercats. Héliportage de la «2» renforcée par des cadres de la «12». Plastron, la «3» qui doit éviter les embuscades.

 

«La «12» est à Pau pour le brevet. Les cadres restant renforcent la «2» avec une section de marche où les lieutenants, les adjudants-chefs et les adjudants sont chefs de groupe, les sergents-chefs, à la tête des équipes, les sergents et le reste des personnels font office de GV. Je suis dans le groupe de l’adjudant Delaveau.

Le général Langlais, commandant la division et le lieutenant-colonel Drouin assistent à la manœuvre.

Dès le début de l’exercice, la pluie se met à tomber tout l’après-midi et toute la nuit, le lendemain temps froid. Il y a bien peu d’accrochages durant cette manœuvre car, à l’insu des grands chefs, tous se sont mis à l’abri dans les fermes, les granges, en boule sous les ponchos. Pour l’ennemi représenté par la «3», les déplacements se font d'abris en abris. Lorsqu’il y a rencontre, personne ne tire car nul n’a envie de se pourchasser sous le déluge. Les troupes fraternisent autour de boissons chaudes et de feux discrets. La 3e compagnie passe donc dans la nuit à travers toutes les embuscades.

Au matin les hélicos, cloués au sol par le mauvais temps, sont remplacés par les camions. L’anéantissement final et académique de la «3» a lieu au fond du Causse.

Il s’arrête alors de pleuvoir !».

                                                                                                                      J. M. Durand

 

Haute voltige entre le «8» et deux généraux

«Le 9 février 1966, le général Ducourneau, inspecteur de l’infanterie, débarque au «8». Avec lui, les généraux Lalande, commandant la Division et Bigeard, commandant la Brigade.

Avec le général Ducourneau, pas question de pas lent en déplacement, mais Bigeard, lui, veut le pas lent et les chants paras. Angoisse générale, comment concilier les deux volontés. Les sergents du régiment sont alors répartis dans tout le quartier avec une mission de "chouf". Quand un élément se déplace, groupe, section ou compagnie, le "chouf" prévient qui, de Bigeard ou de Ducourneau, est sur l’itinéraire et on modifie aussitôt le pas, soit en accélérant, soit en ralentissant. Ce fut une journée sportive et les deux chefs repartirent contents.»

                                                                                                                               J.M. Durand

 

Retour à la vie civile

«Février 1966, ma visite de "libération". Etant le seul partant de ma compagnie on me fait entrer dans la salle avec ceux de la CCS où se trouvent le lieutenant-colonel Drouin et Bigeard.

A la CCS ont été mutés tous les non-volontaires au saut de ma classe d'incorporation. Certains ont été promus caporaux et caporaux-chefs. Présentés un par un à Bigeard, qu’est ce qu’il leur passe ! "Vous n’êtes même pas capables de faire comme les filles qui sautent dans le civil ! Et vous êtes gradés. J’arrive trop tard, sinon je vous aurais cassés, etc." ; l’horreur absolue. Après, c’est moi ; le capitaine Stutz me présente, ça se passe naturellement très bien. Bigeard me dit : "Il faut continuer hein ?" "Oui mon colonel".

Pourquoi cette anecdote ? Le 21 novembre 1973, je suis  adjudant à la PM para. Bigeard revient  de Madagascar et est affecté au CML (camp de la mort lente) comme il dit. Autrement dit le camp militaire des Loges. La promo lui est présentée et je me rappelle à son souvenir. Deux jours plus tard, à la base d’Orléans, en attente de saut, je vais prendre un chocolat au mess. Bigeard présent me reconnaît, m’appelle et me voilà attraction au milieu d’une tribu de galonnés. Au repas, Bigeard nous dit : «Le plus dur ce n’est pas d’être, c’est de durer».

                                                                                          

J. M. Durand

 

Sur la disponibilité des appelés

 

"L'affaire se passe un samedi matin en 1966. Le quartier est vide. Toutes les compagnies, sauf la "2" qui est de semaine, sont en permission. Je suis au bureau pour préparer le rapport du lundi suivant. Vers dix heures je reçois un appel téléphonique du général Bigeard :

-    Pouvez-vous présenter des activités de votre régiment à un journaliste ?

-    Bien sûr, mon général ! Quel jour de la semaine ?

-    Ce matin même ! Monsieur Roger Stéphane quitte Pau maintenant en hélicoptère, me prend au passage à Toulouse et nous serons à Castres entre onze heures et onze heures trente. 

Le capitaine Vagner qui commande la "2" est en ville. Le sous-officier de semaine, convoqué, reçoit l'ordre de rassembler la compagnie en tenue de combat, de récupérer les cadres absents et de pousser tout l'effectif au Causse.

Deux sections présenteront la piste du risque, les deux autres monteront la tente PC du régiment et y feront de la figuration aux ordres du commandant en second, le chef de bataillon Garnier.

Vers onze heures quinze tout est en place. Certains jeunes brevetés de la "2" n'ont jamais passé les obstacles de la piste. Répétition derrière le colonel redevenu moniteur et, à l'arrivée de monsieur Stéphane et du général Bigeard, tout se passe au mieux.

Plus tard, pendant le repas à Beaudecourt, le journaliste ne tarit pas d'éloges.

Il ne manquait que le photographe du régiment."

 

                                                                                                                  B. Drouin (Chef de corps)

 

quelques photos de cette époque

(cliquez sur la photo pour agrandir)

1964 castel jc guerlach 4 1964 roskam claude 8rpima 1967 1cie 1  Dpp 16

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