OCTOBRE 2013

 

 

Le parrainage du « 8 » par Castres

1997-parrainage-1.jpg

(parfois appelé « marrainage »)

(par le général (c.r.) Claude Réglat, chef de corps 1995 – 1997)

 

J’ai commandé le « 8 » de 1995 à 1997 ; ce fut l’un des temps les plus forts de ma vie de soldat, mais aussi de ma vie d’homme, tant ces deux années ont été riches en événements, heureux et malheureux, riches en activités opérationnelles et de préparation opérationnelle, mais surtout riches des rencontres et des moments de grande humanité qu’elles m’ont donné. 

Au cours de ces deux années, j’ai eu la chance d’effectuer quatre missions hors de nos frontières : deux missions programmées, l’une à Bouar en République Centrafricaine, l’autre à Sarajevo, en Bosnie, ainsi que deux missions inopinées, sur alerte Guépard, toutes deux à Brazzaville, au Congo. Dans ce cadre, les petites histoires, les anecdotes ne manquent certes pas et ont alimenté les « allo Ancre, ici Dragon » successifs.

Mais ce que je voudrais plus particulièrement retenir, ici, des deux années exceptionnelles que j’ai passées à la tête des Volontaires est le parrainage du « 8 » par la ville de Castres, « sa » ville. 

« C’est moi qui l’ait fait », serais-je tenté de dire à la manière d’un enfant ravi du tour qu’il vient de jouer et c’est en effet sous mon commandement que la ville de Castres, notre ville, est devenue la marraine du « 8 », très exactement le 5 juillet 1997.  Ce parrainage n’était pas le fruit du hasard. En effet, ce moment très symbolique et très fort de la relation du régiment à sa ville s’était peu à peu construit, au fil des ans, depuis 1963, sur la confiance et l’amitié que les Castrais portaient et portent toujours à leur « huitième », sur l’intégration véritablement réussie des paras et de leurs familles dans leur environnement, bref sur une alchimie qui, au final, réunit à merveille les devises de Castres, Debout, et du « 8 », Volontaire.

Comment donc s’est monté ce parrainage ? 

Début janvier 1996 : nous venons tout juste de rentrer, une partie de l’état-major et deux unités, de République Centrafricaine où nous avons effectué une mission de quatre mois au sein des Eléments Français d’Assistance Opérationnelle, à Bouar et à Bangui. Comme il est de tradition, en ce début d’année, nous organisons, à Beaudecourt, une cérémonie des vœux aux notables de la ville, en présence notamment de son nouveau Maire, monsieur Arnaud Mandement.

Dans mon discours de circonstance, j’ose cet exercice de style, comparant le régiment à un navire qui sillonne les mers et parcourt le monde au service de la France, tandis que ses familles restent bien à l’abri à Castres, son port d’attache, qu’il retrouve avec bonheur à la fin de chaque grande course. Et d’ailleurs, pourquoi la ville de Castres ne serait-elle pas la marraine du régiment, à l’instar de celles qui parrainent les bâtiments de la Marine nationale ?

Cette idée séduit immédiatement monsieur Arnaud Mandement et, dans les jours qui suivent, nous commençons tous deux à lui donner corps. Le Maire se tourne ainsi vers l’association des villes marraines et, de mon côté, j’entame une procédure vers la hiérarchie militaire…. Mais force est de reconnaître que les retours sont plutôt négatifs. D’une part, l’association des villes marraines s’oppose formellement à tout parrainage au nom du principe « fondamental » qu’une ville ne peut parrainer une unité qui y stationne…. D’autre part, les cabinets militaires que j’ai sollicités n’y voient aucun intérêt particulier et m’encouragent à abandonner cette idée jugée pour le moins saugrenue. Il nous est donc recommandé à chacun, Maire et chef de corps, de rester sur l’idée d’un simple partenariat, procédure bien formelle, certes peu dérangeante mais si peu symbolique à nos yeux. 

Nous ne renonçons donc pas à notre projet, si bien que nous mettons peu à peu, la ville et le régiment, dans… l’illégalité ; nous tenons à notre parrainage ; et il se fera !

Dans les mois qui suivent, malgré les absences, les obstacles et les réticences, le parrainage se construit et s’organise ; une charte est conçue et réalisée par notre dessinateur maison, le lieutenant-colonel Reynaud, qui associe artistiquement les armes et devises respectives de la ville et du régiment ; c’est d’ailleurs à partir de ce dessin que me vient l’idée d’un écusson spécifique que les Volontaires porteraient en haut du bras gauche, sur le velcro servant, en opération, à fixer l’écusson « France » ; cet emplacement est vide en France, c’est donc là que nous y mettrons notre écusson.

La cérémonie a lieu le 5 juillet 1997, sur la place Jean Jaurès, au cœur de Castres, au cours de la passation de commandement. Nous procédons, le Maire et moi, à l’échange de fanions : celui que le Maire me remet porte les armes de Castres, tandis que je lui remets une réplique du drapeau du régiment, qui est encore en place dans la salle de réunion du conseil municipal ; puis le Maire fixe sur mon bras gauche l’écusson (ce fameux écusson qui animera plus tard certains esprits…) ; chaque Volontaire sur les rangs reçoit à son tour son écusson des mains d’un notable de la ville ; enfin, après la cérémonie, nous apposons nos signatures sur la charte de … parrainage.

parrainage-jpg-2.gif

C’est ainsi que s’est établi le parrainage du « 8 » par la ville de Castres, on le voit, d’une façon non conformiste mais tout à fait conforme à l’esprit du « 8 », souple mais déterminé, un peu rebelle mais fidèle à ses engagements, en deux mots : Debout ! Volontaire !

Commentaires (2)

1. HARRER 02/10/2013

quelle belle réussite ce parainage

2. HARRER 02/10/2013

quelle belle réusite ce parrainage

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau