MAI 2015

 

A Dien Bien Phu, le 8e Choc avait une marraine. Une reporter-journaliste de 30 ans, une femme  étonnante, dynamique qui en Indochine sortait de l'avion en parachute pour aller rejoindre sur le terrain le bataillon qui l'intéressait pour son reportage.

Un jour, elle rencontre le 8e Choc, et va vivre avec lui des moments intenses.

Voici son histoire. 

Brigitte friang

 

Regarde-toi qui meurs.

 

C’est un livre. Son auteur est née en 1924 à Paris XVIe dans un foyer aisé. A 16 ans, en 1940, elle entend les aigles à croix gammée s’abattre sur la France. Sa famille poussée à l’exode se retrouve sur les routes.

Ce qu’elle voit de l’armée française lui serre le cœur, des soldats dépenaillés, sans armes qui fuient au milieu des civils. « Cette France qui s’effondre, j’en ai ressenti une profonde honte »

L’armistice lui permet un retour sur  la capitale, elle entre au lycée, c’est une jeune fille atypique, un rien rebelle. Elle dénote sur ses camarades dont le rêve de beaucoup est de se marier. « Le mariage pour moi, ce n’est pas un métier »

Choquée par la présence de cette armée étrangère de qui trop de gens s’accommodent,  elle s’insurge, dessine des croix de Lorraine sur la façade du lycée, arrache  ostensiblement les affiches allemandes et recopie au tableau les bulletins de la BBC. A trois mois du bac elle est renvoyée de l’établissement.

Elle cherche alors à entrer dans la Résistance. Elle y parviendra et formera « un couple » avec un officier français venu de Londres pour organiser les parachutages d’armes et d’agents sur l’ouest de la France. Lui c’est Jean-François Clouët de Pesruches des FFL, issu d’une famille de militaires. Il va la former  comme opératrice radio, elle apprendra à tuer, manier les explosifs et marquer une zone de poser ou de largage. Les missions s’enchaînent, le renseignement le jour, les parachutages la nuit.

En mars 44 à 19 ans, trahie par un membre du réseau elle se retrouve cernée par la Gestapo au Trocadéro. Un allemand se plante devant elle «  Vos papiers !! » Elle lui répond « Les vôtres d’abord ! » puis elle le bouscule et s’enfuit. Une 9mm la rattrape. La balle traverse le bassin, coupe les ligaments de la tête du fémur et les ramifications du nerf sciatique. Après la guerre le chirurgien qui la réopère lui dira : « Vous aviez une chance sur un million de vous en sortir intacte ! »

L’interrogatoire et les coups de la Gestapo commencent sur la table d’opération. Les médecins protestent mais doivent céder et la jeune fille juste pansée est amenée  dans les caves de la rue des Saussaies.

Dénudée, giflée, matraquée de coups de poings et de nerfs de bœuf, elle ne dira rien même après le passage à la baignoire. Elle en savait pourtant beaucoup sur le réseau.

De dépit, ses tortionnaires l’abandonnent dans une cellule et c’est une plaie vivante qui est jeté dans un train  pour le camp de Ravensbrück, son corps est brisé mais son mental est blindé.

Au camp elle va découvrir cet univers monstrueux  dans ce que l’Homme a créé de plus abject ; la mort industrielle. L’hiver sur l’appelplatz elle est debout à trembler de tout son corps dés 6 heures du matin  sous un mince vêtement rayé à coté d’ombres frêles dont certaines  s’effondrent sans vie tuées par le froid ou par la balle d’un SS parce qu’elles n’ont pas baissé les yeux devant lui. Elle doit se battre contre d’autres détenues pour défendre une demie pomme de terre pourrie ou sa paire de galoche sans laquelle la marche dans la neige équivaut à une fin sordide dans les affres de la maladie. En avril 45 les SS évacuent le camp, les plus valides sont jetées sur les routes, elles feront 470 km en laissant des milliers de squelettes sur les bas cotés.

A son retour à Paris elle a 21 ans, ne pèse que 26 kg et n’a plus peur de rien.

Brigitte FRIANG  femme libre, courageuse et indépendante est décédée seule à 87 ans le 6 mars 2011 à Apt dans le Vaucluse. Elle était grand officier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du mérite, rosette de la résistance, titulaire de la croix de guerre 39-45 et de la croix des TOE.

Sa disparition n’a provoqué que quelques lignes dans le Figaro. Elle est partie dans l’indifférence. N’étant ni chanteuse, ni actrice la télévision ne s’y ai pas intéressée.

Après la guerre elle devient l’attaché de presse d’André Malraux puis elle demande à passer le brevet de parachutiste militaire. En 1951, année de la création du 8 elle arrive en Indochine comme correspondante de guerre. Elle sera présente dans de nombreuses opérations avec les compagnies d’infanterie ou  les commandos. Lorsqu’elle veut aller sur les postes elle y est parachutée, Malraux dira : « Le parachute c’est son mode de transport favori » Elle côtoie tous les grands chefs d’Indochine, tous savent qui elle est.

Le 14 décembre 1953 elle est larguée sur une position au Laos, elle va y  rencontrer le 8e Choc et le 1ier BEP   venus de Dien Bien Phu pour prouver que la base aéroterrestre n’est pas encerclé.

Elle repartira avec le 8 sur le camp retranché. Une marche harassante à travers les crêtes pour échapper aux bataillons viets. Très bien accueillie par le capitaine Tourret elle deviendra la coqueluche du 8e Choc, la marraine du bataillon pour beaucoup. Elle aura son lieutenant préféré,  Allousque de la CA, « Kiki » pour les intimes. Lui mourra en captivité quelques mois plus tard.

 Brigitte Friang est aussi de toutes les reconnaissances du bataillon, tantôt dans une compagnie tantôt dans une autre, la nuit elle va dans les avant-postes. Elle fête ses 30 ans avec le 8 qui ne met que 29 bougies sur le gâteau par « galanterie » dira le commandant de bataillon, chacun ira de son petit cadeau et la CA, d’un obus de 120 éclairant décoré avec des petits rubans de couleurs et tiré dans le ciel obscur. La jeune femme  est sportive, endurante, elle a une bonne frimousse et plait à tout le bataillon.

« J’ai du troubler quelques rêves » écrira t’elle dans ses mémoires. Elle est dorlotée. Tous les matins on lui apporte un casque d’eau chaude pour sa toilette, un autre lui « pique » ses vêtements pour les laver. Elle a un abri tapissé de coupoles blanches. Les petits vietnamiens du bataillon l’appellent « madame parachute ».

Tout va bien jusqu’au 13 mars, déclenchement de la bataille. Le général à Hanoï demande son retour, elle refuse, le général exige, elle refuse. C’est presque de force qu’elle quittera Dien Bien Phu.

Dans l’avion qui la ramène en France, peu avant la chute du camp elle enrage pendant tout le vol « d’être à l’abri alors que ses copains se font tuer sur Dominique ou  Eliane », les sanglantes collines de Dien Bien Phu. 

En 1956 elle est de l’opération « Mousquetaire » pour la prise du canal de Suez avec les paras français. En 1967 elle est dans la guerre des Six jours avec Tsahal et en 1968 dans l’offensive du Têt au Sud-Vietnam.

Après 1968, Brigitte Friang devient journaliste indépendante et écrit  plusieurs livres.

Elle aura vécu la vie de plusieurs hommes à la fois en participant ou en traversant les guerres, parachutée partout en Indo elle sera dans de multiples accrochages. Au Vietnam avec les américains elle ira dans la jungle et sera capturée puis relâchée, sans mal, par le Viêt-Cong. « Ma chance a été d’être française ! » Brigitte Friang aura volé dans tous les types d’avions et d’hélicoptères même lors de missions de bombardement et souvent les équipages l’inviteront à prendre les commandes lors des vols sans histoires car elle avait appris sur le tas.

J’ai eu des conversations au téléphone avec elle en 1999 lorsque je faisais l’album « 50 ans au 8 ». Je lui ai proposé de venir au régiment, elle était d’accord. Les mois sont passés puis les années, un évènement poussant l’autre cela ne s’est jamais fait. Sa mort m’a touché. Aujourd’hui je regrette profondément de n’avoir pas été au bout de mon idée. Un jour j’irai mettre des fleurs sur sa tombe au nom du 8.

 

                                                                                  Major ® Jacques ANTOINE

                                                                                              Traditions

Commentaires (4)

1. Nicolas Jean pierre 29/11/2016

Qui aurait des nouvelles de l'A/C Delevaux qui en retraite tenait un restaurant Viêt à Castres ?

2. Weus Christian 30/11/2015

Appelé de la classe 64 2/A j'ai côtoyé des anciens qui avaient vécus les combats de DIEN BIEN PHU, SUEZ .....je pense particulièrement à BERNARD VANDENBILKE ( de WARHEM NORD) récemment décédé. Je lui rend hommage, il aurait, comme moi été fier de BRIGITTE. La tour de PAU on l'avait d'ailleurs surnommé ainsi RIP.

3. VANDEPLASSCHE marcel 10/05/2015

A prendre comme exemple et mérite d'être un peu plus connue des français que font nos médias ?
Voilà le sujet d'un magnifique film ou d'une série télévisée.
Respect Madame

4. Baudart 08/05/2015

Major,
J'ai, bien évidemment dans ma bibliothèque un livre de Brigitte Friang. J'ignorais qu'elle habitait à Apt, alors que j'habite juste à coté, et y passe souvent. J'aurais vraiment aimé lui rendre visite.
Il y a un régiment de Légion, avec un commando para, juste à coté.
Ils auraient aimé boire ses propos.
Qu'Internet, si il ne sert qu'à cela nous permette de garder le contact avec nos anciens, même si ils sont loin de leur formation de cœur. Ne laissons pas (trop) les événements nous pousser vers l'oubli.
Quand vous passerez dans le Vaucluse, poser une fleur sur sa tombe, je serai heureux de vous offrir le "coup de l'étrier"
Amitié parachutiste

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