MAI 2014

Affiche 1

C’était quoi Dien Bien Phu ?

 

 

 

7 mai 2014. Il y a 60 ans Dien Bien Phu tombait entrainant l'Indochine Française dans sa chute.

Aujourd'hui, les anciens de cette époque sont octogénaires, il n'y a plus de gradés ou presque.

Tous ces anciens sont aussi fatigués de ce qu'ils ont entendu sur cette bataille, tant d'inepties, tant de contre vérités, trop d'incompréhension, trop de mépris et surtout trop de certitudes sorties de l'ignorance ou de la malhonnêteté politique.

Dien Bien Phu a surtout été perdu à Paris par un gouvernement qui n'attendait que cela pour brader l'Indochine au prix de formidables concessions et au mépris de la vie de milliers et de milliers de personnes, civils indochinois et soldats français. Les premiers boat-people datent de 1954 quand les vietnamiens du Nord ont fui le paradis rouge.

 Personne ne dit qu' après Dien Bien Phu le corps de bataille du Vietminh était exsangue, Ho Chi Minh n'avait plus d'armée régulière.

 Personne ne dit que les prisonniers français, dans les camps communistes, ont été exterminés. Ils ont été vaincus par les privations et le manque de soins et non par les armes.

Un homme seulement sur 7 est rentré vivant.

 

Mais au fait Dien Bien Phu c'était quoi ?

 

Dien Bien Phu ? C’était un village près d’une rivière au milieu des montagnes et des bambous avec des rizières brillantes et des buffles paisibles. Un village en pays Thaï au nord du Tonkin, du Vietnam si tu préfères.

On appelait ainsi cette région lointaine à une époque où personne du 8ème RPIMa d’aujourd’hui n’était  né. C’était en 1953.

Au Tonkin c’était la guerre, dans ce qui s’appelait l’Indochine française contre les communistes vietnamiens avec Ho Chi Minh le chef politique et Giap le général.

 

En novembre, des hommes sont montés dans des avions,  cinq mille parachutistes, moyenne d’âge vingt trois ans. Le plus vieux de chez nous c’était le commandant de bataillon, un capitaine de trente deux ans : Pierre TOURRET. Il commandait le 8ème Choc, un bataillon, une machine de guerre à l’allure nonchalante, un peu comme une eau qui dort mais sous laquelle peut surgir un volcan.

Dien Bien Phu, quelques dizaines de paillotes, on saute, beau temps, la veille les copains du 6 avaient nettoyé le coin.

C’est là, dans cette vallée étroite que l’on va attendre le Viet, cet adversaire souvent impalpable que les paras connaissent bien.

Le grand état-major a dit : « Ne vous en faites pas, on les attire dans un piège, ils sont nombreux mais ils n’ont pas notre artillerie, pas de chars et pas d’aviation ! »

Les paras aiment les avions mais pas trop les canons alors ils aident à faire une belle piste pour les oiseaux d’argent mais ne creusent pas de trous bien profond contre les obus. A quoi bon de toute façon on ne reste jamais longtemps au camp. C’est vrai les paras marchent, ils grimpent sur les pitons du coin, plongent dans les thalwegs et sillonnent une forêt bien trop dense pour voir quelque chose.

Pourtant le Viet est là, tout autour et les paras sont les premiers à le savoir car de jour en jour ils peuvent aller de moins en moins loin.

Noël se passe sur les crêtes à échapper aux bataillons de Giap qui grouillent et « raccompagnent » les intrus.

Le soleil du nouvel an 54 se lève sur un beau camp, 14 bataillons accrochés à une vingtaine de points d’appuis fortifiés, des canons, des avions de chasse et des chars. On vient visiter ce camp retranché du bout du monde, de Hanoï, de Paris et même des USA, photographes, généraux, ministres, personnalités. Le commandant de la garnison est un guide intarissable, un journaliste ose écrire : « positions imprenables » et un officier de Hanoï à qui une femme reporter demandait : « Et si les Viets amenaient ici de l’artillerie ? » Ce dernier de répondre en souriant : « Artillerie ? Vous avez dit artillerie ? »

Les paras ont pourtant vu quelque chose, comme ce sergent du 8ième Choc blessé lors d’une reconnaissance qui rend compte à la porte de l’avion sanitaire à l’officier renseignement, que son groupe à vu une pièce de 105 sur un versant donnant sur le camp. Le grand chef informé, ironisera :

« Ah ces parachutistes ils sont prêts à dire n’importe quoi pour avoir une citation »

 

Le 13 mars au soir, brusquement les oiseaux s’envolent à tire d’ailes, ils sentent l’orage. Une minute encore et c’est un déluge. Les obus s’abattent en averse, la terre se soulève en gémissant, l’enfer s’installe. Les trous ne sont pas assez profonds, les abris pas assez solides, des hommes commencent à mourir.

Ils vont mourir pendant 57 jours ces hommes ; des paras pour la plupart, des légionnaires et des tirailleurs, des européens et des asiatiques, parmi eux les premiers « enfants du 8 ». Ils vont mourir sans un cri pour repousser les assauts mais ils vont hurler en contre attaquant, à un contre six. La nuit, le jour, du lundi au dimanche, semaine après semaine ils vont se battre. Et ce camp, renforts après renforts va se ressaisir malgré la pression de dizaines de milliers de petits hommes verts et autant de coups de canons que l’état-major d’Hanoï n’avait pas vu sur ses cartes.

 

Début avril, Dien Bien Phu est déjà un gigantesque cimetière de machines brûlées et de corps disloqués où les survivants vivent comme des rats, s’assoupissant un peu le jour après avoir bu de l’eau boueuse et grignoté une maigre ration à trois ou quatre, et sortant la nuit pour repousser les taupes qui creusent vers eux. Le général communiste a perdu tant d’hommes dans les attaques frontales qu’il essaye de s’approcher au plus près par la terre.

Dien Bien Phu va-t-il tomber ?

 

A Paris on s’irrite presque de cet héroïsme incongru, à Hanoï on ne sait plus quoi faire, les soldats de la boue sont déjà condamnés mais sur place, les choses ont changé, les paras ont pris le commandement parce que devant l’effondrement des certitudes, plus personne ne donnait d’ordres cohérents.

Eux ne veulent pas se laisser manger, même les borgnes, les éclopés, les manchots sortent du cloaque des infirmeries souterraines, surchargées et nauséabondes pour retourner au combat, remplir les chargeurs, tenir les bandes de cartouches, qu’importe, mais ne pas subir. Les paras ne meurent plus pour la France ou pour le Vietnam ou je ne sais quoi, ils meurent pour les copains.

 Fin avril ils ne sont plus que deux mille à se battre contre cinq fois plus sur la superficie d’un confetti de carte au 50 000ième jonché de cadavres à deux pas de cette rivière qui les sépare de l’ennemi.

Les obus qui ravagent ces quelques hectares encore français tuent plus de morts que de vivants. On dirait que les paras sont devenus les nouveaux Immortels car chaque fois que les Viets, pressés d’en finir, se lancent dans ce qu’ils pensent être l’assaut final, il y a toujours quelques centaines demoribonds déguenillés, sales et sanglants pour surgir des trous et les arrêter avec une volonté inhumaine.

Les premiers jours de mai annoncent les derniers jours de Mars, ce dieu de la guerre qui s’était fait parachutiste pour cette bataille, mais il en restait si peu des paras. Ils auraient pu encore tenir car les morts vivants ne succombent jamais, pourtant, l’état-major leur a dit : « Cessez le feu à 17 h 30, pas de drapeaux blancs… »

C’était le 7 mai 1954.

La France avait perdu une bataille politiquement décisive mais les parachutistes avaient gagné la gloire, ils avaient sauvé leur honneur et inscrit dans leur histoire une page immortelle en anéantissant quasiment le corps de bataille du général Giap.

Les Viets qui ne les avaient pas fait plier auront la vengeance du faible en les laissant mourir dans des camps, de maladie, d’abrutissement politique et de privations.

Seul un prisonnier de Dien Bien Phu sur sept rentra au pays.

 

Major ® ANTOINE Traditions

 

Commentaires (3)

1. hectoranibal (site web) 09/06/2014

Honor a todos los caìdos en indochina ,desde argentina un saludo a todos ..e estudiado todo sobre la batalla de dien bien phu ..la heroìca resistencia de las siempre valerosas tropas galas..

2. BANOS Alexandre 21/05/2014

Rendons hommage à tous ces combattants. Comme vous le rappelez, nos soldats sont morts les armes à la main ou dans les camps. Cela est sûr. Ce qui est sûr également, c'est ce lien qui existe entre la "malhonnêteté politique" d'il y a 60 ans et celle d'aujourd'hui qui consiste à honorer le tortionnaire de l'époque comme le soulignait le Général CANN dans "Lorsque la diplomatie confine l'indécence".
Merci pour cette touchante évocation.

3. Laponterique J-C 07/05/2014

très beau texte major Antoine et merci . Ceci en mémoire d'un ancien que j'ai bien connu au Congo, le caporal chef Roger Bruni à Dien Bien Phu et qui tira les dernières cartouches sur Eliane 2 à partir du Char Bazeilles immobilisé. Il finira Adjt/chef au 3. on peut voir une partie de sa biographie sur Orbs Patria Nostra.

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