LA PHOTO DES MOIS 2012

  PHOTO DE DECEMBRE 2012

 

Il n’a pas prévenu, le coyote est discret, trop peut être. Lorsque nous l’avons su c’était déjà trop tard.Nous aurions voulu lui dire quelque chose. Un mot ou deux, pour parler, dire que nous étions là tout simplement, juste avant qu’il ne parte.

Mardi 27 novembre, le Grand Coyote est parti, les carmins ne le savent pas encore mais ils sont orphelins.Aucun coyote d’aujourd’hui ne l’a connu, le coyote est discret.

 La 4 était loin de Castres ce mardi pluvieux, elle était au Cenzub à Sissonne en plein entrainement. Un défi de taille, démontrer ses capacités en « Félin » devant une foule d’autorités et d’élus de la nation. Il y avait pour les jeunes coyotes tout ce que l’Armée de Terre possède de plus performant, le char Leclerc, le VBCI dernier né des blindés d’infanterie et le Tigre de l’ALAT, ce prédateur du ciel, monstre d’électronique et de kevlar.La 4 était en mission, concentrée, précise, cohérente et redoutable.

 Il aurait aimé voir ça le Grand Coyote lui qui aimait les choses bien faites où les choses bien dites.Le mal a été le plus fort.

 Mardi 27 novembre 2012, le lieutenant-colonel (er) Alain Amory quittait la meute des coyotes foudroyé par une terrible maladie.

Officier très attachant il présentait une personnalité très atypique pour un militaire. Il savait être rigoureux mais farceur, pragmatique mais artiste, d’une allure détachée des contingences il savait surprendre sur une gamme de comportements si étendue qu’il pouvait décontenancer les plus sérieux, pétrifier les plus endurcis ou faire rire les plus crispés.Il aimait ses hommes, il aimait ce qu’ils faisaient, il pouvait être exigeant mais savait le rendre  au centuple.

Le premier jour de son arrivée au régiment, en 1978, il est sur une moto américaine, en tenue sous un blouson de cuir noir avec un aigle dans le dos. Il donne le ton de suite. Affecté à la 2 comme officier adjoint, il ira avec elle au premier Liban.

 Deux ans après, au Gabon, le 1ier septembre 1980, il prend le commandement de la 4. Son temps de commandement ne ressemblera à aucun autre et il donnera aux carmins un signe d’affection insolite, son surnom intime, gagné de façon surprenante.

Laissons lui, encore l’honneur de ce récit succulent :

 « Bien avant d’arriver au « Grand 8 » en 1971, j’effectuai, pendant ma scolarité à Saint-Cyr, le stage de sergent à l’instruction au 3e RPIMa. Un soir de « grand vent » à Carcassonne, nous rencontrâmes d’accortes touristes, dont une Mexicaine qui, fort tard dans la nuit et au moment du « déduit » (comme disait mon aïeul) s’exclama devant ma maigreur de l’époque (65 kilos tout mouillé) : « Ma, tou es maigre como oun coyote ! »

 La phrase fut rapportée, commentée, amplifiée et le surnom entra en vigueur à Coëtquidan. Affecté au « 8 » en 1978 et partant au Liban avec la « 2 » du capitaine Grunfelder, ce vocable fut confirmé à cause de ma minceur persistante, de ma vélocité en course à pied et des ruses que je déployais dans nos démêlés avec les Palestiniens , dont un certain Abou Fahra qui, sans savoir, un jour que je l’avais particulièrement dérangé dans ses sombres projets, déclara que j’étais un véritable coyote. J’ai donc pris ce sympathique animal pour totem. La devise de la « 4 », sous le capitaine Rosier, était « Sans vergogne et avec insolence ». Je trouvai nécessaire d’en changer, à la fois pour apaiser ceux que cela irritait et « marquer mon territoire ». Elle devint donc, « Ruse et cogne » conformément au comportement du coyote, quand je pris le commandement de la 4  en 1980. Un fanion « perso », dans la tradition des fanions de guerre de nos anciens, fut brodé à la main par madame Botman, épouse d’un de mes chefs de section. Un triangle amarante avec le coyote à l’avers et le chiffre 4 orné du dragon au revers.

Il faut croire que cela a plu puisque la compagnie a conservé cet emblème et cette devise. »

 En  juin1982 la 4 est à nouveau au Liban lorsque Tsahal entre en force dans le pays pour en chasser définitivement Yasser Arafat et ses troupes. La FINUL qui doit s’opposer à toute incursion, palestinienne ou israélienne ne bouge pas. Elle a reçu des ordres de très haut. Les français dans les postes ne sont pas contents  de se voir ainsi réduits à la passivité.

Le capitaine Amory, commandant la 4 n’est pas de cet avis. De rage, avec son radio, il se plante sur une route avec un 89mm, roquette engagée, devant une trentaine de chars M 60.

.L’officier israélien qui commande tout ça voit très vite que le Grand Coyote ne rigole pas. Vont suivre alors  des heures d’affolement à la radio jusqu’au plus haut de la hiérarchie.

Le chef des coyotes finira par céder devant la pression mais aura bloqué l’offensive « Paix en Galilée » un bon bout de temps. Il aura en quelque sorte « sauvé l’honneur ».

Certes il le paiera cher mais il le savait. 

 

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Aujourd’hui, le lieutenant-colonel Amory n’est plus mais il est superbement représenté en salle d’honneur par le premier fanion des coyotes, celui qu’il avait fait broder en arrivant à la 4. En 2003 il l’avait officiellement remis à la salle d’honneur lors de son adieu aux armes.

 

            Il est parti d’ici mais je suis sur que dans cet autre monde il a déjà rameuté les coyotes dispersés.

                                                                              

 

                                                             ADC ® Jacques ANTOINE

 

PHOTO DE NOVEMBRE 2012

 

Le petit caporal du Cambodge

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Les Khmers Rouges, après avoir pris le pouvoir par la force en 1975, veulent  revenir aux valeurs de la terre.

Ils vident les villes, symboles de la décadence, et jettent des millions de gens sur les routes vers la campagne. Ils lancent de grands travaux déments où tout le monde est tenu de travailler neuf jours sur dix. Ils tuent  les intellectuels, les artisans, ceux qui parlent une langue étrangère, les médecins, les juristes, les administratifs, jusqu’à ceux qui portent des lunettes ! Ils exterminent l’élite et la classe moyenne d’une nation.

Les exécutants : de très jeunes paysans analphabètes, abrutis de propagande.

 Les dirigeants : des intellectuels, dont beaucoup ont fait leur éducation politique en France. Leur soutien : la Chine rouge.  

En 1992 ,la France fait partie des nations qui fournissent un bataillon à l’ONU pour remettre le Cambodge sur les rails. L’APRONUC est née (Autorité PROvisoire des Nations-Unies au Camboge) et c’est le 8e RPIMa du colonel Irastorza qui est désigné.

C’est donc dans ce pays que j’ai vécu une aventure extraordinaire en retrouvant …un ancien du 8. Un petit caporal de la 2 de Dien Bien Phu.

Avant le 14 juillet, le colonel me dit : « Antoine,trouvez-moi des anciens d’Indochine, il doit bien en rester quelques-uns, je les veux pour la prise d’armes. » 

Par la radio locale et les interprètes, les recherches sont lancées. Le 14 au matin, ils sont là devant le PC, une quinzaine, silhouettes frêles, alignées sous le grand drapeau de l’ONU qui flotte sur la façade. Je vais au premier, buriné, ridé, aux yeux brillants. Il se présente comme on le lui a appris alors que je n’étais pas né. Grade, matricule, bataillon, avec la fierté de rappeler à haute voix les chiffres et les noms de l’Indochine de ses vingt ans. Je passe de l’un à l’autre et je scrute ces visages fatigués, usés par les épreuves, la vie, la guerre et la misère. A voir leurs vêtements, aucun n’est riche. Vers les derniers, un petit homme lui aussi fripé comme une  pomme sèche, le sourire épanoui et le regard droit se présente, caporal Chau Suon, matricule, 8e Bataillon, capitaine « Touette ». J’ai cru mal entendre. Je lui fais répéter. A nouveau il prononce : 8e Bataillon, capitaine « Touette ». Je suis troublé. Ai-je imaginé un instant que je puisse trouver un ancien du « 8 » ici ? Je reste indécis : comment lui dire qu’à Sihanoukville il y a trois compagnies de son 8e Bataillon ? 

Je leur offre une collation à la popote de l’état-major (un restaurant non loin de là) puis je rassemble tout le monde pour partir. Sur la place d’armes, en ville, je ne retrouve plus mon « 8e Bataillon, capitaine Touette ». On me dit que sa deuxième bière lui a été fatale, il est resté au restaurant.

 Il réapparait quelques jours après. Je lui explique qu’il est à nouveau au 8e Bataillon et il me raconte, il me parle de 1951 lorsqu’il s’est engagé chez les parachutistes, puis de 1953 à Langson, puis de Diên Biên Phu en 1954. Il me parle de la bataille, des mortiers, des obus, des contre-attaques de nuit, de son chef de groupe au nom bien breton, des contre-attaques et encore et encore. J’ai peine à réaliser qu’il soit sorti de cet enfer. Il est pourtant un des trop rares asiatiques rescapés des camps viets. Avant le départ du dernier français, il tente bien d’aller avec eux  mais «La France, c’est pas moyen partir » me dit-il. Alors il rentre au Cambodge, son pays natal et fonde une famille.

Il est aujourd’hui charbonnier dans les bois environnants pour un salaire de misère.

Je lui ai donné quelques sous, ce que j’avais sur moi, au nom de ses camarades européens du 8e Choc, au nom du glorieux capitaine Tourret, son chef, mais je n’ai pas eu le courage de lui dire qu’il était parti très loin un jour de décembre 1991 ; je lui ai dit simplement qu’il était colonel et qu’il allait bien.

Il a souri, a regardé ces quelques billets, un mois, deux mois de salaire, je ne sais pas. Il n’a pas osé les mettre dans sa poche tout de suite, il m’a simplement demandé où étaient ses papiers militaires. 

Je vais les retrouver caporal !

Oui, mon « adzudant-cep »

Il m’a regardé partir après m’avoir longuement serré la main.

Un mois après, les archives militaires me font parvenir son dossier, tout ce qu’il m’a raconté est vrai. 

Nous l’avons aidé, il a pu acheter son  terrain,  sa maison en bois et se mettre à l’abri du besoin pour des mois. La Légion Etrangère nous a relevés et nous lui avons confié notre « caporal ». Plus tard on lui a fait octroyer une pension par l’ambassade de France. J’ai gardé le contact par lettres jusqu’à ce qu’il ne réponde plus. Aujourd’hui, il a rejoint le « capitaine Touette ». Je pense à lui encore quand j’entends parler du Cambodge.

Retrouver un asiatique, un enfant du « 8 » d’Indochine était inespéré, il était de la « famille » et nous avons fait  ce qu’il  fallait pour lui.

Adc(er) jacques Antoine 

 

LA PHOTO DU MOIS D'OCTOBRE

LA BOULE ROUGE 

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La boule rouge du camp de Caylus.

 Parmi les milliers de militaires qui sont passés au camp de Caylus, la boule rouge signifie différentes choses.

Tout dépend si c’est de jour ou de nuit.

De jour.

Rien pour beaucoup, ils ne l’ont jamais vue.

Une tour bizarre pour d’autres, qui sert à quoi ?

Pour les fondus de topo c’est la côte 391.

De nuit.

La boule rouge c’est d’abord une surprise.

Cette surprise devient un fantasme et au bout d’une heure, le fantasme se transforme en une immense déception.

 Mais avant de développer revenons à cette tour au sommet de laquelle il y a réellement une boule rouge.

Elle existe parce qu’il y a un camp militaire sous ses piliers.

Explication :

Dés 1886, dans le sud-ouest, l’armée cherche un espace pour tirer au canon. Il y a beaucoup de régiments d’artillerie mais il n’y a pas assez d’endroits pour faire parler la poudre. La région de Caylus est retenue mais rien ne se précise immédiatement. Les militaires viennent pourtant, une ou deux fois par an pour tirer, soit aux armes d’infanterie soit au canon. Les soldats sont logés chez l’habitant et les champs sont loués aux paysans pour les divers entrainements.

Il faut attendre le début des années 30 pour voir se concrétiser le camp de Caylus. On achète des terrains, souvent à l’amiable et lorsque ça ne marche pas, l’état exproprie. Comme quoi à l’époque on savait faire simple.

En 1932, des baraques en bois se construisent suivies de quelques bâtiments en dur, des champs de tirs sont repérés et en particulier des réceptacles d’artillerie car si les canons peuvent être mis en batterie n’importe où en secteur civil, il vaut mieux que les obus arrivent sur un terrain militaire ou il est plus facile d’interdire le passage ou la présence.

Pour cela on construit, vers 1932, sur la côte 391, une tour d’une vingtaine de mètres au sommet de laquelle on peut hisser une grosse sphère au moyen d’une machinerie simple. La sphère est peinte en rouge vif.

Le principe est astucieux. Une heure avant le début d’un tir, la boule est montée au plus haut et devient donc visible de toute part. Elle était prévue pour être repérable à 5 lieues à la ronde,( 20km), ainsi la population était avertie.

Ce système a fonctionné des dizaines d’années avant d’être abandonné à l’apparition d’une procédure plus moderne.

La tour devenue inutile est donc restée avec sa boule immobilisée en position haute, comme le témoin muet d’une époque révolue.

Paradoxe, c’est justement son abandon qui va lui donner une notoriété insolite, surtout chez les cadres.

 Je parle des années 70 et 80, je ne sais pas si cela se fait encore de nos jours. A l’époque, on allait plutôt à Caylus en automne ou en hiver, sous la pluie ou quand le gel blanchissait les buttes de tir, très rarement quand il faisait chaud. On plantait la guitoune la plupart du temps, au mieux des tentes collectives, au pire des tentes individuelles.  

Alors à la tombée de la nuit, après une journée de boue ou de neige, les distractions étaient rares. Parfois il y avait une popote mais elle fermait trop tôt pour aller dans le duvet de suite, alors il fallait tuer le temps.

C’est en général à ce moment que quelques anciens proposaient aux jeunes, d’aller se réchauffer et boire un coup à la « Boule rouge ». Les « invités » étaient les jeunes cadres qui venaient pour la première fois à Caylus. Toutes les catégories de personnels l’ont fait.

Surprise donc de leur part devant tant de sollicitudes de la part des anciens. Rendez vous est donc donné à un endroit et un petit groupe ainsi formé prend le chemin de ladite « Boule Rouge »

-        C’est loin ?

-        Non, c’est en bordure du camp mais il faut éviter les patrouilles de la PM, on va prendre à travers la verte !

(Police Militaire qui existait en ce temps là quand il y avait plusieurs régiments mais qui ne s’amusait pas à sortir si tard !)

Le groupe, dix ou douze maxi, guidé par « un qui connaît » serpente donc entre les bosquets, coupe les petits bois, descend, remonte, fait semblant de se tromper, reviens en arrière, repart en avant, tourne, retourne, détourne.

-Chut ! La PM, baissez vous !! Les nouveaux ne voient rien, n’entendent rien mais y croient. Le guide attend quelques minutes puis reprend la marche.

Quand il pleut c’est plus amusant, à la longue l’eau entre dans le cou et dans les rangers. L’arme absolue contre la pluie en ce temps là c’est le poncho, il faut avoir marché de nuit avec un poncho pour comprendre.

-C’est encore loin ?

- Non, un kilomètre, mais tu verras, c’est sympa, on pourra se réchauffer à la cheminée avec une bonne bière. J’espère qu’il y a Martine ! L’ancien en rajoute un peu pour susciter la curiosité.

- Martine ? Il y a des filles ?

-Qu’est ce que tu crois, bien sur, c’est la « boule rouge », bar, filles, musique, et si tu te dem… bien tu peux passer un bon moment.

- Il faut payer ? Parce que je n’ai pas trop de fric sur moi ?

- Non, t’en fais pas, tu payes une ou deux coupes et c’est bon !

C’est à ce moment que naissent les fantasmes dans la tête des nouveaux. Ils imaginent un estaminet avec une lampe rouge en forme de boule au dessus de l’entrée et à l’intérieur à peine éclairé, un bar, des canapés, des ombres furtives, la chaleur du feu, le sourire de la patronne pendant que dehors le vent souffle.

Dedans au service, la Madelon, Lily Marlène ou Marie Suzon avec ses copines, guêpière et bas résille, petit tablier blanc brodé et parfum léger.

Après plusieurs jours de terrain le cerveau n’a pas besoin d’effort pour voir la vie en rose.

 A cet instant le groupe est à cent mètres de la tour. Cela fait quarante minutes qu’ils ont quittés la zone de bivouac, les rangers sont boueuses jusqu’aux boucles.

            Le guide fait alors rassembler tout le monde autour de lui.

-Bon, les mecs on y est presque, on va courir pour traverser la route, restez groupés, vous me collez au cul !

Et c’est parti ! Comme un début de 8 kil TAP, slalom entre les buissons, les branches qui frappent le visage, le sol qui glisse, puis, après trois minutes, arrêt brusque. Il fait noir, une lampe s’allume et éclaire un pilier de béton sale et ruisselant. On distingue dans le halo, le reste de la construction.

            Le guide dit : OK les mecs on y est, à la « boule rouge » !

Un nouveau se risque, interrogatif :

            - C’est où ?

Alors là, grandioses, les anciens, à la lueur d’une torche puissante qui illumine la sphère de métal rouge en haut de la tour et crient en chœur.

            -Bienvenue à la boule rouge de Caylus !!

Délire chez les anciens.

Déception, très grosse déception chez les nouveaux, même s’ils en rient aussi (quoique pour certain un peu jaune de s’être fait aussi facilement avoir.)

Le retour aux tentes est curieusement plus court mais l’aventure restera un bon souvenir tout de même. La preuve, j’en parle aujourd’hui.

 En été c’est plus difficile d’attendre la nuit pour jouer la même intox, histoire de ne pas se coucher trop tard car un camp, ce n’est pas une colonie de vacances et le matin il faut se lever tôt.

Alors pour faire un coup, marquer son passage, il était assez fréquent d’aller repeindre la boule rouge. Quand j’écris, repeindre, c’est  dans le sens strict du terme, avec de la peinture.

Ainsi certaines fois la boule s’est retrouvée, noire, bleue, jaune ou grise.

Multicolore aussi, rayée, bref elle n’a pas toujours été rouge tout le temps grâce à des plaisantins-commandos, car il faut y monter !!

Un qui, en revanche était rouge de colère quand la boule ne l’était plus, c’est le chef du Service Général du camp !!

                        Ah ! Que la vie est belle dans un régiment de Marsouins !!

 

                                                                                   ADC ® Jacques ANTOINE

                                                                                   Chargé des Traditions

 

 

LA PHOTO DU MOIS DE SEPTEMBRE 

Le Père Cent

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Ce n’est pas un « padre » dans le sens où on l’entend comme l’aumônier du régiment.

C’est plutôt un personnage appartenant à l’imaginaire des appelés d’antan. Je dis antan car la suspension du Service National remonte déjà à 1997 et chez les militaires professionnels ce terme n’a aucune signification.

Le Père Cent symbolisait les cent derniers jours de service militaire et c’était le début du compte à rebours pour le retour à la vie civile.

Certains décomptaient sur un calendrier, d’autres faisaient des bâtons au crayon à l’intérieur de la porte de l’armoire. Il y avait aussi des artistes qui dessinaient jour après jour une pierre tombale avec des carrés de couleur sur un grand papier.

Bref c’était un moyen de concrétiser les jours écoulés et de voir avec plaisir au réveil que les jours de « jus » diminuaient. Le « jus » c'est-à-dire le petit-déjeuner, était pris comme maître étalon.

Lorsque les appelés se rencontraient dans les gares au moment de reprendre le train pour la garnison, ils ne se disaient pas « bonjour » mais « Combien au jus ? »  ou « Pète ton chiffre ? »Le chiffre annoncé instaurait immédiatement l’ordre hiérarchique.

Chez les appelés il y avait donc cette hiérarchie parallèle, celui qui avait le moins de jours à faire était l’ancien et il méritait le respect surtout vis-à-vis d’un « bleu » nouvel arrivant.

On « pétait » son chiffre pour se valoriser. A cent jours moins mais à partir de 30 beaucoup hurlaient de temps à autre ce qu’il leur restait à faire. En général loin des gradés d’active qui n’appréciaient pas beaucoup ces « gueulantes » peu élégantes.

Alors à «zéro c’était le délire, ça braillait des tas de zééééro » surtout le soir tard après l’alcool.

 Le rite du Père Cent arrivait donc un peu avant les 100 jours restants. Il se matérialisait par un imprimé comme celui représenté ici qui vient d’un appelé du « 8 » de 1964. Chacun en envoyait à sa famille, à ses amis pour récolter quelques sous afin de bien fêter l’enterrement de la classe d’incorporation. Chaque régiment ou base avait le sien, parfois personnalisé.

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C’était une joyeuse parodie d’enterrement, ce qui explique l’aspect faire-part de décès du document.

La rédaction ne relevait pas de l’Académie Française, il suffit de lire. C’était plutôt de la littérature raz du sol.

Portant ça plaisait et ça les faisaient rire.

Bien sur il y a toujours des exceptions et lorsque de vrais intellectuels rédigeaient leur Père Cent, le niveau était meilleur mais il fallait quand même, que tout le monde comprenne.

 De quand date la tradition du Père Cent ? Je n’ai pas trouvé d’informations précises mais je pense que ça remonte au XIXieme. Le plus vieux Père Cent que j’ai trouvé date de 1908. Il a été envoyé à Béziers par un artilleur faisant son service à Castres à la caserne Villegoudou. (Zone de la salle Gérard Philipe aujourd’hui)

 Voici son texte pour vous en donner une idée mais cette classe 1906 qui quitte l’armée en 1908 après deux ans de service militaire ne sait pas que dans 6 ans….

Madame la Classe 1906 et ses enfants, M. Port-Heur et mme Sous-verge; M. Ceint-Huron, président du conseil d'administration des fabriques militaires de boîtes de singe; M. Paul Hochon, M. Bydonplaint, licoriste du château Lacruche, MM. Car et Gamel et cie, quincaillers à Bourg-Geron; M. treillis et M. West de Thra, M. Cartouc-Hyère, industriels en cuir à Courroie de Saque; Mme Prison et Mlle Cellule, sa nièce, propriétaire du Motif-Hôtel à Castres; Mlle Lassalle de Paulisse et Mlle Kons-Igne, Elly Corvet, équilibristes au cirque Balais; M. Jules Tinette, entrepreneur de vidanges; Mme Muse-Hette, 1ère chanteuse légère au Casino Castrais;

Tous parents plus ou moins rapprochés ont le bonheur de vous faire part de la perte heureuse qu'ls viennent d'éprouver en la personne de

Mademoiselle la Classe 1905

leur soeur aînée, cousine parente et alliée, décédée à Castres le 24 septembre 1908 d'une morsure de cafard Castrais dans sa 720ème journée d'existence, munie de son prêt et de sa feuille de route. Nous vous prions de bien vouloir assister, les pieds lavés, au service funèbre qui sera célébré le 24 septembre 1908, veille de son départ, dans les cantines Boyer, Cazals. Un piquet composé de bleus rendra les honneurs le jour du départ. Une forte émotion est de rigueur. Prière de n'envoyer ni fleurs ni couronnes; les mandats postes sont seuls acceptés.

Le jour du Père Cent, c'est-à-dire « l’enterrement » en question, la classe d’appelés se réunissait pour un repas et si la récolte d’argent avait été bonne, il se faisait au restaurant.

Malheureusement cela tournait très souvent en beuverie et beaucoup ne se souvenaient de rien le lendemain.

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 J’ai été en section avec des appelés au 3ième RPIMa en 1973 et 1974. Ils ont fêté leur Père Cent et le lendemain une marche commando à dégrisé tout le monde. C’était prévu, ils l’ont faite avec bonne humeur. Je n’ai pas souvenir de « zéro » hurlés dans les couloirs. On avait prévenu, ça valait à l’auteur 24h00 de plus.

J’ai des photos du jour de la libération de la 74/04, c’étaient les gars de ma section. On leur a fait un pot de départ mais quand je regarde leurs têtes (ils sont en tenue pour la dernière fois) je n’ai pas l’impression de voir des appelés à deux heures de la « quille ».

Peut être se sont ils rendu compte qu’une page importante de leur vie se tournait et que toute la bande de copains qu’ils étaient depuis un an, allait s’éparpiller dans tout le pays et ne plus se revoir.

 J’ai beaucoup aimé mes appelés paras, ils en voulaient autant que les engagés que j’ai connu plus tard. Je n’ai donc pas été « dépaysé ».

   ADC ® Jacques ANTOINE

LA PHOTO DU MOIS DE JUILLET

TSIN-HO, ou la première opération du 8 avec la CIP (3ième Cie)

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La CIP débarque des Dakotas sur l'aérodrome de Laï-Chau au Nord-Tonkin

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Le LTN RIOUAL commandant la CIP, se renseigne avant la montée vers Tsin-Ho

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Halte en cours d'ascension, les Vietnamiens du 8 ne sont pas des 
montagnards.

Peu nombreux sont ceux d’entre nous qui se souviennent que la première opération du 8e BPC fut Tsin-Ho en avril 1951 à la frontière de Chine.

Alors que seule la CIP (Compagnie Indochinoise Parachutiste) était totalement constituée, un renseignement parvient à Hanoï sur un franchissement de la frontière du Nord-Tonkin par l’armée chinoise.

           Dans sa grande réactivité, l’état-major décide que le mieux est d’aller vérifier. La CIP du 8e BPC est désignée. C’est ainsi qu’une quarantaine d’Européens et une centaine d’Indochinois sont largués à Laïchau, capitale du pays Thaï. Une petite ville magnifique aux constructions évoquant Lhassa au Tibet abritant une population sympathiques et des filles splendides qui font leurs ablutions dans les eaux de la Rivière Claire. Les délices de Capoue transposés en Asie.

             Le lieutenant Rioual, le commandant de compagnie nous arrache vite à nos rêves pour prendre une piste vers un endroit qui va vite se révéler être un enfer. Ne me demandez pas le dénivelé, je l’ignore mais croyez moi, c’est très haut la frontière de Chine, très haut, très abrupt et très loin.

            Nous marchons le reste du jour, la nuit et la matinée du lendemain avec juste quelques pauses pour nos Indochinois, des paysans du delta qui tombent comme des mouches en nous déclarant « qu’ils vont mourir », peu habitués à la montagne. Les « réactiver » nous épuise davantage que de nous traîner nous-mêmes. Cette fatigue extrême me permet de témoigner ici, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent : On peut dormir en marchant !!Je l’ai vécu pour m’être réveillé à plat ventre, la carabine sur l’estomac.

            Toujours est il qu’après ce parcours infernal, nous débouchons en fin d’après-midi sur un immense plateau herbeux entouré de collines avec au milieu, tel un décor de cinéma, un fort intact, qui ressemblait à une hacienda hormis les tuiles vertes vernissées et les angles de charpentes tarabiscotées à la chinoise.

Pour y accéder, il y a un énorme  portail. Tout est en état sauf la soute à munitions que les derniers occupants ont fait sauter avant de mettre la clé sous la porte.

            Nous nous installons tant bien que mal en espérant une bonne nuit de récupération. Erreur profonde !

A peine la nuit tombée, les collines environnantes se couvrent de feux de bivouac. Un constat s’impose facilement, les Chinois sont là ! Ils sont nombreux, ils ont froid et nous avons affaire à des mélomanes car leurs clairons se répondent de colline en colline, pas très joyeusement en plus.

            Ils nous ont repérés car une bande de zozos kamikazes va passer la nuit à cavaler à ras des murs en tapant sur des gamelles, certainement pour faire dévoiler nos défenses.

            Inutile de sortir de Saint-Cyr pour réaliser que nous nous sommes fichus dans une sacrée souricière !

C’est d’ailleurs l’avis du lieutenant qui, vers minuit, nous demande d’envoyer un SOS, chose que nous n’avons jamais faite et dont nous essayons de lui prouver l’inanité à plus de 300km d’Hanoï. Il insiste mais impossible de rentrer sur le réseau, un abrutit bloque tout malgré nos injonctions car il passe une commande de pellicules photos.

            Le sommeil fut court et plein d’une réelle inquiétude. La matinée est calme, juste le temps pour un Junker de nous droper trois sacs de riz et nous prouver son adresse en écrabouillant un PIM chargé de la récupération.

            Le lieutenant Rioual décide qu’à midi, nous giclerons hors de ce piège et pour le faire certainement dans la dignité il ordonne un tir de mortier sur ceux qui ont gâché notre nuit. Notre dotation de six projectiles est  tirée. Le premier coup est encore en l’air qu’une avalanche d’obus nous arrive dessus mettant définitivement les choses au point.

            Midi pile ! Le portail est ouvert, la compagnie détale magnifiquement mais cet entrainement au sprint se transforme vite en reptation générale car nos Chinois, s’imaginant que nous montons à l’assaut se mettent à nous canarder comme à la foire du trône.

 Avec mon copain Gilbert nous nous efforçons, par bonds successifs de rejoindre la piste de retour. Le voyant boiter, je lui demande s’il est blessé. Il me rassure mais constate qu’une balle a arraché le talon d’une de ses bottes de saut. Quelques instants avant j’avais la tête abritée entre ses pieds, belle trouille rétrospective !!

            Finalement la sortie est réussie. Tout le monde se retrouve sur le chemin gravi si péniblement, « tout le monde » n’est qu’une formule car nous avons perdu notre mule qui, dans la fusillade est certainement passée à l’ennemi.

            Le moral de notre duo de transmetteurs marque le coup et baisse en fonction des questions qui nous envahissent. Combien de temps allons nous devoir servir la Patrie pour payer ce matériel dont nous étions dépositaires et qui coûte certainement la « peau des fesses » !.

Nous n’échapperont pas au tribunal militaire puisqu’avec le matériel radio que notre bestiole portait, il y avait le code radio du nord Tonkin !! Un avenir radieux nous attend.

             Nous en sommes encore à penser à ces tristes perspectives quand, dans un virage de la piste, notre mule, avec son chargement, broute paisiblement quelques brins en nous attendant. Dois je vous dire combien de fois nous l’avons embrassée notre bestiole ??

            Notre avenir redevenant soudain moins sombre c’est avec plus d’insouciance que, le licol de la mule bien en main, nous reprenons la descente.

            Un peu plus loin, nous croisons un goum de Marocains que l’on a certainement envoyé vérifier la véracité de notre compte-rendu.

            Ce que ces gars là trainent avec eux est inimaginable, on ne peut que penser au cirque Amar, leurs bonnes femmes, leurs moutons, leurs mules chargées comme pas possible, mais surtout leur cuisine avec tout le nécessaire. En deux temps trois mouvements, nous dégustons de délicieux beignets. D’où sort la friture ? On ne se pose pas trop de questions. Que souhaiter à cette troupe montante si non plus de chance qu’à nous.

            Nous sommes nettement plus rapides qu’à l’aller et nous retrouvons Laï Chau et un semblant de civilisation, espérant connaître enfin Capoue. Le lendemain un des Junkers venant nous évacuer se crashe et obstrue la piste, ce qui nous vaut 15 jours sous la tente à attendre la remise en état de l’avion…Sous une flotte pas possible bien entendu ! 

             Voila la première opération du 8 qui se couvrira de gloire quatre ans plus tard dans la dernière, à Dien Bien Phu.

            Voila aussi pourquoi depuis cette époque, il y a 62 ans j’ai toujours gardé de l’estime pour les équidés aux longues oreilles.

            Au fait, j’allais oublier de dire : La suite nous fit savoir que les velléités guerrières de nos chinois s’arrêtaient à la récolte du pavot.

            Ils furent plus efficaces les années suivantes.

                                                            ADC (er) Claude BALDI, caporal-chef à la CIP.    

 

LA PHOTO DU MOIS DE JUIN

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Sur le quai à Marseille "Nénette" rapatriée d'Algérie

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Quelques commandos de la "4" avec "Nasser"

L’animal militaire.

 Depuis la nuit des temps l’Homme s’est toujours battu, soit pour se défendre, soit pour attaquer. Si l’on regarde l’histoire du monde, ce ne sont que guerres, locales ou  mondiales, « fraîches et joyeuses, comme la Grande de 14 ! Civiles ou militaires, justes ou pas justes, chirurgicales même (Belle trouvaille de journaliste). 

Bref l’homme est un guerrier de longue date et on a vu au déroulé de l’Histoire qu’il a toujours fait preuve de beaucoup d’énergie pour améliorer sa technique de combat et son matériel. On a démarré avec le caillou lancé par l’homme des cavernes et on est aujourd’hui au missile nucléaire à ogives multiples qui peut partir d’un sous-marin de n’importe quel coin d’océan.

 Toutefois son premier reflexe a été d’utiliser l’animal qui broutait dans le pré pour faire une meilleure guerre. Je ne parle pas des vaches mais des chevaux. Rappelez-vous qu’un cheval ça broute aussi. Les cavaliers vont me dire que ça « mange ». Il est vrai que depuis que le cheval est entré en guerre, bien avant Troie, l’homme devenu cavalier a souvent passé plus de temps sur son cheval que sur quelqu’un d’autre. Une grande intimité s’est établie entre ces deux êtres et aujourd’hui encore un cavalier vous dira que le cheval à une bouche et non une gueule, des jambes et non des pattes. 

Ainsi est née la cavalerie que tous les champs de bataille ont connue. 

D’autres animaux ont pourtant été incorporés dans les armées, des variétés différentes suivant les pays ou les époques. Hannibal a utilisé 37 éléphants pour aller bousculer Rome en passant par les Alpes. Les Romains leur ont envoyé des cochons enflammés dont les hurlements de douleur effrayaient les pachydermes. Les éléphants n’ont pas trompé longtemps.

On se souvient des pigeons utilisés pour la messagerie, le plus célèbre d’entres eux, appelé « Vaillant » matricule 787-15 a porté à destination, sous le feu de l’ennemi, le dernier message du fort de Vaux le 4 juin 1916. Il a même été cité à l’ordre de la Nation.

 Lors de la seconde guerre, des chiens équipés d’un harnais explosif ont été dressés par les soviétiques pour se glisser sous les chars allemands.

Toutefois ce sont les équidés qui ont le plus été utilisés dans les armées, dans la cavalerie comme je l’ai dit plus haut avec toute une variétés de spécialités, dragons, carabiniers et grenadiers à cheval, hussards, cuirassiers, chevau-légers-lanciers, chasseurs à cheval mais aussi des animaux  jugés moins « nobles » notamment pour porter les charges. Les mulets et dans une moindre mesure les ânes. 

 Lors de la campagne d’Italie en 1944 les régiments de l’armée d’Afrique en étaient largement pourvus pour porter les munitions, les canons de montagne et toutes sortes de charges. Des animaux au pas sur qui n’avaient pas peur du feu et de la mitraille. Nombreux sont ces mulets fidèles, qui ne se plaignaient pas, morts pour la France sans que jamais aucun ne fut décoré ou même enterré avec les honneurs militaires.

Pensons aussi aux « vaisseaux du désert » des méharistes, fiers dromadaires qui sont entrés dans la légende avec le commandant Lamy tué à la bataille de Kousséri au Cameroun en 1900 ou le général Laperrine, pour ne citer qu’eux. 

 Les militaires, dans toutes les guerres ont donc « incorporé » sans contrats la plupart du temps, des animaux divers mis au service de la France bien souvent contre leur gré.

Toutefois il y eut des exceptions et cette fois ci il va s’agir du 8e RPIMa. On sait à présent que les premiers animaux entrés dans l’histoire du « 8 » sont les poules indochinoises, je ne vais pas revenir dessus, tout le monde sait comment.

Ce que l’on sait moins est qu’en Algérie de nombreux animaux se sont « engagés » au titre du 8e RPC d’abord puis du 8e RPIMa. Le gueule à oreille à magnifiquement fonctionné dés l’arrivée de nos anciens dans les djebels. A l’époque les parachutistes n’avaient pas besoin d’animaux en dehors des steaks et des saucissons et donc n’en recrutaient pas sur pieds. Ils sont venus spontanément.

Les premiers engagés ont été les chiens perdus sans colliers. Au passage d’une section ou d’une compagnie une simple caresse furtive a fait comprendre à certains cabots qu’il y avait chez ces humains camouflés une amitié à partager. D’habitude ils prenaient des pierres sur l’échine.

Autres engagés, les jeunes sangliers, récupérés je ne sais ou. Il y avait Antoine 1, le marcassin du PC qui se prenait pour le chef et Antoine II celui de la « 4 ». Tous les deux choyés et engraissés sans idée de méchoui.

 Il n’y a pas eu de chevaux au « 8 » d’Algérie, ces derniers préféraient aller au 1ier REC mais il y eut des ânes, 

Non pas que les paras se sentaient plus proches des ânes, c’est plutôt les ânes qui se sentaient attirés. Tout le monde voulait imiter les paras à l’époque, ce n’est donc pas surprenant.

 Le premier arrivé c’est Nasser chez les commandos à la « 4 » lors d’une nuit chaude. Une dizaine d’hommes et deux ânes passent sous les yeux d’un groupe de la « 4 » en embuscade. Au déclenchement, quatre ombres s’affaissent, un âne est tué avec son cavalier, l’autre animal désarçonne le sien et s’enfuit.

Les commandos vont au résultat et s’esquivent. Au petit matin, à l’approche de la base le dernier de la colonne entend des bruits insolites, il se retourne. Derrière, à quelques mètres, un âne suit. Il est incorporé de facto. Nourrit, brossé tous les jours il va couler des jours heureux et ne va jamais regretter d’avoir changé de camp. Nasser, équidé-commando sera de toutes les photos officielles.

 Puis il y eut « Nénette ». C’était une petite ânesse, maigrichonne et fragile, à peine sevrée qui un matin se présente devant les sentinelles d’une base avancée de la « 2 ». Le premier para esquisse un geste pour la chasser mais son camarade, paysan de France, avec son cœur d’homme de la terre, ne peut supporter de voir un animal si utile dans un si triste état. Les sentinelles s’écartent et celle qui sera baptisée « Nénette »  le même jour entre dans l’enceinte. 

Un mois d’amour militaire plus tard, elle aura pris des kilos, un poil brillant et un regard vif. « Nénette » est devenue la mascotte de la 2. Elle vivait dans une tente transformée en étable avec de la paille fraîche. Quelquefois lorsqu’elle passait voir à la popote, elle prenait une Kronenbourg généreusement offerte. Quand la compagnie partait trop longtemps en opération elle refusait de manger au bout de deux jours et le pauvre gars qui devait s’occuper d’elle ne savait pas quoi faire pour la rassurer. Heureusement la « 2 » est toujours rentrée à temps. 

Toutes les mascottes suivaient les compagnies en fonction des déplacements. Elles n’ont jamais été abandonnées.

Pourtant un jour d’été 1961, le 8 juillet, le régiment fait ses bagages, tous ses bagages, pour se rendre au port de Bône. Le 8e RPIMa quittait l’Algérie avec une montagne de cantines, caisses, sacs, patins, couffins…etc.

Les ordres sont clairs pas d’animaux sur le bateau, la Prévôté veille.

A Marseille tout le monde débarque y compris les ânes, les cochons sauvages et la harka de toutous plus ou moins dissimulés. Finalement le colonel retient un fou rire.

 Au terminus à Nancy, les équidés et les suidés sont mis à brouter sur le carré d’herbes folles du mât des couleurs de ce quartier Drouot abandonné depuis 6 ans. Belle histoire qui verra tous ces animaux pieds-noirs définitivement adoptés dans les fermes lorraines.

« Nénette » terminera sa vie dans un petit ranch près de Nancy à promener les enfants le dimanche.

 En 2012, à Fayolle il ne reste que la colonie de chats de l’ordinaire. Ils sont présents au quartier depuis bien  longtemps. Ils habitent dans les sous-sols et lorsque l’ordinaire n’était pas encore aseptisé par les normes ils étaient bien nourris. Aujourd’hui ils résistent malgré les poubelles inaccessibles et patrouillent toujours la nuit tombée. Respectons les, ne les chassons pas parce qu’ils sont là afin d’être pris pour exemple : souples, félins et manœuvriers tels doivent être les chats maigres et les paras-colos.

  ADC ® Jacques ANTOINE

 

LA PHOTO DU MOIS DE MAI 2012

C’est quoi Dien Bien Phu ?

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Dien Bien Phu ? C’était un village près d’une rivière au milieu des montagnes et des bambous avec des rizières brillantes et des buffles paisibles. Un village en pays Thaï au nord du Tonkin, du Vietnam si tu préfères.

On appelait ainsi cette région lointaine à une époque où personne du 8ème RPIMa d’aujourd’hui n’était  né. C’était en 1953.

Au Tonkin c’était la guerre, dans ce qui s’appelait l’Indochine française contre les communistes vietnamiens avec Ho Chi Minh le chef politique et Giap le général.

 En novembre, des hommes sont montés dans des avions,  cinq mille parachutistes,moyenne d’âge vingt trois ans. Le plus vieux de chez nous c’était le commandant de bataillon, uncapitaine de trente deux ans : Pierre TOURRET. Il commandait le 8ème Choc, un bataillon, une machine de guerre à l’allure nonchalante, un peu comme une eau qui dort mais sous laquelle peut surgir un volcan.

Dien Bien Phu, quelques dizaines de paillotes, on saute, beau temps, la veille les copains du 6 avaient nettoyé le coin.

C’est là, dans cette vallée étroite que l’on va attendre le Viet, cet adversaire souvent impalpable que les paras connaissent bien.

Le grand état-major a dit : « Ne vous en faites pas, on les attire dans un piège, ils sont nombreux mais ils n’ont pas notre artillerie, pas de chars et pas d’aviation ! »

Les paras aiment les avions mais pas trop les canons alors ils aident à faire une belle piste pour les oiseaux d’argent mais ne creusent pas de trous bien profond contre les obus. A quoi bon de toute façon on ne reste jamais longtemps au camp. C’est vrai les paras marchent, ils grimpent sur les pitons du coin, plongent dans les thalwegs et sillonnent une forêt bien trop dense pour voir quelque chose.

Pourtant le Viet est là, tout autour et les paras sont les premiers à le savoir car de jour en jour ils peuvent aller de moins en moins loin.

Noël se passe sur les crêtes à échapper aux bataillons de Giap qui grouillent et « raccompagnent » les intrus.

Le soleil du nouvel an 54 se lève sur un beau camp, 14 bataillons accrochés à une vingtaine de points d’appuis fortifiés, des canons, des avions de chasse et des chars. On vient visiter ce camp retranché du bout du monde, de Hanoï, de Paris et même des USA, photographes, généraux, ministres, personnalités. Le commandant de la garnison est un guide intarissable, un journaliste ose écrire : « positions imprenables » et un officier de Hanoï à qui une femme reporter demandait : « Et si les Viets amenaient ici de l’artillerie ? » Ce dernier de répondre en souriant : « Artillerie ? Vous avez dit artillerie ? »

Les paras ont pourtant vu quelque chose, comme ce sergent du 8ième Choc blessé lors d’une reconnaissance qui rend compte à la porte de l’avion sanitaire à l’officier renseignement, que son groupe à vu une pièce de 105 sur un versant donnant sur le camp. Le grand chef informé, ironisera : « Ah ces parachutistes ils sont prêts à dire n’importe quoi pour avoir une citation »

Le 13 mars au soir, brusquement les oiseaux s’envolent à tire d’ailes, ils sentent l’orage. Une minute encore et c’est un déluge. Les obus s’abattent en averse, la terre se soulève en gémissant, l’enfer s’installe. Les trous ne sont pas assez profonds, les abris pas assez solides, des hommes commencent à mourir.

Ils vont mourir pendant 57 jours ces hommes ; des paras pour la plupart, des légionnaires et des tirailleurs, des européens et des asiatiques, parmi eux les premiers « enfants du 8 ». Ils vont mourir sans un cri pour repousser les assauts mais ils vont hurler en contre attaquant, à un contre six. La nuit, le jour, du lundi au dimanche, semaine après semaine ils vont se battre. Et ce camp, renforts après renforts va se ressaisir malgré la pression de dizaines de milliers de petits hommes verts et autant de coups de canons que l’état-major d’Hanoï n’avait pas vu sur ses cartes.

 Début avril, Dien Bien Phu est déjà un gigantesque cimetière de machines brûlées et de corps disloqués où les survivants vivent comme des rats, s’assoupissant un peu le jour après avoir bu de l’eau boueuse et grignoté une maigre ration à trois ou quatre, et sortant la nuit pour repousser les taupes qui creusent vers eux. Le général communiste a perdu tant d’hommes dans les attaques frontales qu’il essaye de s’approcher au plus près par la terre.

Dien Bien Phu va-t-il tomber ?

A Paris on s’irrite presque de cet héroïsme incongru, à Hanoï on ne sait plus quoi faire, les soldats de la boue sont déjà condamnés mais sur place, les choses ont changé, les paras ont pris le commandement parce que devant l’effondrement des certitudes, plus personne ne donnait d’ordres cohérents.

Eux ne veulent pas se laisser manger, même les borgnes, les éclopés, les manchots sortent du cloaque des infirmeries souterraines, surchargées et nauséabondes pour retourner au combat, remplir les chargeurs, tenir les bandes de cartouches, qu’importe, mais ne pas subir. Les paras ne meurent plus pour la France ou pour le Vietnam ou je ne sais quoi, ils meurent pour les copains.

Fin avril ils ne sont plus que deux mille à se battre contre cinq fois plus sur la superficie d’un confetti de carte au 50 000ième jonché de cadavres à deux pas de cette rivière qui les sépare de l’ennemi.

Les obus qui ravagent ces quelques hectares encore français tuent plus de morts que de vivants. On dirait que les paras sont devenus les nouveaux Immortels car chaque fois que les Viets, pressés d’en finir, se lancent dans ce qu’ils pensent être l’assaut final, il y a toujours quelques centaines de moribonds déguenillés, sales et sanglants pour surgir des trous et les arrêter avec une volonté inhumaine.

Les premiers jours de mai annoncent les derniers jours de Mars, ce dieu de la guerre qui s’était fait parachutiste pour cette bataille, mais il en restait si peu des paras. Ils auraient pu encore tenir car les morts vivants ne succombent jamais, pourtant, l’état-major leur a dit : « Cessez le feu à 17 h 30, pas de drapeaux blancs… »

C’était le 7 mai 1954.

La France avait perdu une bataille politiquement décisive mais les parachutistes avaient gagné la gloire, ils avaient sauvé leur honneur et inscrit dans leur histoire une page immortelle en anéantissant quasiment le corps de bataille du général Giap.

Les Viets qui ne les avaient pas fait plier auront la vengeance du faible en les laissant mourir dans des camps, de maladie, d’abrutissement politique et de privations.

Seul un prisonnier de Dien Bien Phu sur sept rentra au pays.

 ADC ® ANTOINE Traditions

 

LA PHOTO DU MOIS D'AVRIL 2012

 

LA MAT,la casquette et la musette

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 Cette photo à été prise en 1960 en Algérie. On y voit le 1cl Berthaud en fusil et le caporal Jean Claude Jolly de la CP (Compagnie Portée) du 8e RPIMa pendant une opération. Jean-Claude Jolly a la silhouette type du para de l’époque avec la MAT, la casquette et la musette.

Cet équipement est familier à des dizaines de milliers d’anciens qui l’ont eu en dotation. Constatons plutôt.

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1953. 8e GCP, la MAT 49 en Indochine

 La MAT 49 est arrivée en Indochine en 1950 (on en a d’abord trouvé entre les mains des Viets grâce à nos « amis », stalinien de France, qui en avaient fait livrer  par « humanité » à leurs camarades opprimés !!) Refrain connu mais il n’est jamais mauvais de le rappeler.

Peu de temps après quand même les soldats d’Indochine en ont eu à leur tour.

 La musette est arrivée en Indochine aussi en 1950, elle équipera les paras en priorité.

La casquette va apparaître en 1953 sur les têtes de nos anciens du 8e Choc.

 Je rappelle que la casquette dite « Bigeard » est une récupération. Les premiers paras à porter une casquette sont bien ceux du « 8 ». Il suffit de regarder les photos de ces années là. Le « 8 » de Tourret était en casquettes, le « 6 » de Bigeard en chapeaux de brousse.

 Bref, MAT, casquette et musette s’assemblent au début des années 50, le « mariage » va durer.

 En Algérie la casquette se « Bigeardise », grâce à lui elle entre dans l’Histoire et la musette se modifie légèrement tout en gardant sa silhouette. La MAT vit ses heures de gloire.

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1972. 8e RPIMa,  la MAT 49 en marche commando.

  1972 j’entre chez les paras à Bayonne, et on me donne le même jeu : MAT, casquette, musette que je vais garder jusqu’en 1978.

A partir de l’été 1978, après les combats de Tyr entre le 3e RPIMa et les Palestiniens, on touche le SIG 540 qui précède de quelques mois le FAMAS appelé un temps « clairon ».

A son tour le FAMAS qui a remplacé la MAT 49 et le FSA 46/56 va durer ..puisqu’il dure encore.

 Mais revenons à notre « MAT, casquette, musette » pour se dire simplement qu’avec ce matériel, les paras français de 1950 à 1978 ont fait des choses extraordinaires et appris à être rustiques. Ah ! Cette rusticité dont on entendait parler souvent, ce n’était pas du cinéma ! C’était notre quotidien, en fait notre « crédo » et nous en étions fiers.

 

Rappelez-vous. La MAT, 8 chargeurs de 30 ou 32 suivant la santé du ressort, une petite trousse avec la chargette (le plus important !) Perdre la chargette c’était pas pensable !! Une arme qui se plie comme un mouchoir et qui peut se dissimuler sans problèmes, un encombrement minimal et un plaisir au tir.

Avec un peu d’habitude on pouvait faire du coup par coup sur un chargeur complet.

La casquette, aussi bonne sous le soleil du Tchad qu’à Mourmelon en plein mois de février, on n’avait que cela.

Elle ne protégeait pas les oreilles mais peu importe. Elle se mettait sous le casque au saut pour faire plus confortable et tenait dans n’importe quelle poche.

Quant à la musette c’est à elle que l’on doit notre réputation de « rustiques », on ne pouvait pas tout y mettre il fallait faire un choix et un choix drastique !! Au bas mot il rentrait dedans : un duvet extra fin soit le type US seconde guerre très agréable en été seulement, ou le duvet bleu dit « guépard » à peine un poil plus chaud (l’hiver on claquait des dents dans les deux). Les affaires de toilettes, les plus réduites possibles, un pull en tassant bien. Vous vous rappelez de ce pull vert armée fait d’une laine fine et rêche comme une bure de moine ! Pas chaud du tout qui servait d’oreiller sur le terrain. Quelques munitions, un peu d’affaires perso, des bricoles seulement, et la TL 122 (lampe) pour les gradés.

La gamelle dans une poche latérale, la ration dans l’autre (elle rentrait juste), le poncho bien plié dans la poche coté dos et la toile de tente couleur sable, roulée serrée sous la musette.

Impossible d’y mettre la parka sinon il fallait ôter le duvet. Tout le reste devait tenir  sur le ceinturon et les brelages.

Au saut on accrochait tout à la barrette de poitrine, musette et PM et roule « mimile ».

Avec ça le para était souple, félin et manœuvrier, on pouvait d’autant bien courir avec une musette qu’on faisait le « 8 kil » TAP avec en y mettant un sac de sable !

Avec ce maigre matériel, les paras ont tout fait de 1950 à 1978.

A partir de 1975 on a eu le duvet et le sac F1. On pouvait presque y mettre la moitié du paquetage !!

On ne le savait pas mais c’était le début de la fin du « souples, félins et manœuvriers »

 Aujourd’hui, autre temps, autres guerres, il serait hasardeux de comparer les époques.

                                                                       ADC ® Jacques ANTOINE

                                                                     Chargé des Traditions

 

LA PHOTO DU MOIS DE MARS 2012

 

La JEEP, même en civil elle reste militaire.

pour agrandir cliquez sur la photo

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Celle là c’est la mienne, je l’ai achetée au Sénégal en 1980, réformée de l’Armée après 35 ans de service.

Sa plaque de construction fait apparaître 1945. Elle est venue en France avec le Plan Marshall. Elle était Marine Nationale jusqu’en 1955 puis Armée de Terre en Algérie. Elle a été reconstruite à Alger en 1962 puis envoyée au Tchad.

En 1975 quand les français quittent le Tchad elle est mutée au Sénégal et sert au DA 160 dans l’Armée de l’Air. En 1978 elle est réformée, un aviateur l’achète et me la revend à son départ en 1980. Je l’habille en Maya l’abeille, dessin animé préféré de mon fils de 3 ans à l’époque.

Je me présente au 8 en 1982 avec elle, moi en tenue 21, elle toute brillante. La sentinelle fait une drôle de tête devant ce camouflage inconnu. N’oublions pas qu’en 1982 des jeeps, il y en a plein le quartier mais elles sont peintes en vert !

Elle m’a servi de véhicule de fonction pendant toute ma carrière au 8, c'est-à-dire jusqu’en 1996.

Elle réapparaitra cet été après une réfection partielle et un coup de peinture, toujours en Maya.

 

Même en civil la Jeep reste militaire car au départ elle a été créée pour la guerre. Son histoire est insolite, je vais vous la raconter.

 

En 1940, l’US Army veut un véhicule léger de reconnaissance. Elle fait un appel d’offre, deux firmes répondent, l’American Bantam et la Willys Overland Inc.

C’est Bantam qui présente, 45 jours plus tard les premiers prototypes grâce à un ingénieur de génie, Karl K. Probst. C’est un record de vitesse absolu. L’armée commence les essais.

Un peu plus tard, Willys et Ford qui entre aussi dans le jeu, présentent leur modèle qui ressemble étrangement à celui de Bantam.

Ford a une meilleure direction mais un moteur faible. Willys  a un très bon moteur mais elle est trop lourde.

L’armée demande des modifications précises et c’est Willys qui gagne le marché grâce aussi à son prix.

En résumé la coupe de la voiture c’est Bantam et le moteur c’est Willys.

16 000 exemplaires sont commandés mais devant le succès du modèle, la demande militaire explose.

L’armée incite Willys à donner les plans à Ford pour augmenter la production. Il s’en construira 650 000.

 

Au final le véhicule prend pour nom Willys MB en sortant des chaines Willys et  Ford General Purpose Willys (Ford GPW) à la sortie des chaines du même nom. C’est d’ailleurs cette dernière terminologie qui donnera le nom de jeep.

General Purpose signifie « usage général » et les militaires utiliseront le terme GP. (qui se prononce dji-pi). De « dji-pi » à jeep il n’y a qu’un coup de langue et ce nom prendra vite une dimension universelle.

Bantam ne fabriquera pas les jeeps mais créera la remorque ¼ de tonne.

 

La Jeep arrive donc avec les américains en Europe et dans le Pacifique. Les Soviétiques en reçoivent aussi quelques milliers. Elle rencontre un succès instantané dans les populations libérées. Ce sera le véhicule militaire le plus volé ! Et il volera !

En Birmanie pour rééquiper les troupes, dans une zone de combat où il n’y avait pas de pistes pour poser des avions, le service du Matériel US l’équipa d’un système de pales  et testa le largage en autorotation. La jeep pouvait encaisser 9 G sans dommages. Elle a donc volé !

 

On l’équipa de tout l’armement possible et imaginable. En Lybie les SAS de David Stirling attaquaient les aérodromes allemands par des raids éclairs de plusieurs centaines de kilomètres, leurs jeeps  avaient jusqu’ à quatre tubes de mitrailleuses, une Vickers double devant le chef de bord, un FM Bren version para coté conducteur et une autre Vickers anti-aérienne à l’arrière. On ajoute 7 jerrycans d’essence et d’eau, des munitions en pagaille, trois hommes et leurs affaires et vous aurez une idée de l’équipage ! C’est dans une jeep de ce genre, le 27 juillet 1942, que l’aspirant Zirnheld, l’auteur de la prière du para, est mort après un raid en Cyrénaïque

 

Ce que l’on sait moins est que la jeep US à été déclinée aussi en modèles spéciaux, à 6 roues ou trois ponts, pour porter un canon de 37 anti-char, semi chenillée pour la neige ou avec des skis, à châssis allongé pour 8 hommes sur banquettes, semi- blindée pour la reconnaissance ou blindées complètement.

Toutefois, toutes les jeeps étaient prévues pour être mises sur voie ferrée, il suffisait de remplacer les roues et pour la faire changer de sens elle pouvait pivoter sur le cric disposé sous la plaque de blindage des boites de vitesse et transfert. Les anglais on beaucoup utilisé cette version en Birmanie et en Normandie.

Dans le domaine du franchissement elle était prévue pour rouler dans 1, 40 m d’eau avec un kit waterproof

Une série a même eu les quatre roues directrices.

 

Il y eut aussi une version amphibie destinée surtout aux débarquements dans le Pacifique. A propos d’amphibie voici une histoire incroyable !

En 1947 un ingénieur australien achète une jeep amphibie aux USA. Après modifications (réservoirs supplémentaires, installation d’une cabine) il invite une amie américaine pour une grande ballade : la traversée de l’Atlantique. En été 1950, ils partent des côtes canadiennes et atteignent  la côte africaine 6 mois après puis par la route ils remontent jusqu’en Suède après s’être arrêtés à Paris. Evidemment ils se sont mariés !

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Arrivée en France en 1944  juste pour faire la guerre, la jeep Willys a été abandonnée par l’US Army en 1959 au profit de la M 151.

L’Armée Française quant à elle la gardée car c’était un excellent véhicule qui avait fait ses preuves notamment pour sa rusticité… et on aime ça dans l’Armée Française, la rusticité !

A ce sujet, il est à noter que dans le cahier des charges il avait été prévu de permettre une accessibilité maximale de tous les organes de l’engin pour les réparations et il est vrai que sa mécanique n’est pas un casse tête. Elle pouvait souvent se réparer avec pas grand-chose.

 

Donc elle a servi chez nous sur tous les théâtres d’opérations jusqu’à l’arrivée de la Peugeot P4 en 1990,  46 ans de service !

 

Le 8 en a eut dés sa création en Indo mais il faut attendre le début des années soixante pour voir apparaître, chez nous des sections de combats organiques équipées de jeep armées.

Les jeeps SER avec AA 52 au coté droit. Les jeeps 106 SR avec un pare brise modifié, les jeeps ENTAC et plus tard les jeeps Milan.

Comme véhicule de combat son avantage était sa discrétion, elle se camouflait facilement car elle était basse et par son faible poids elle passait partout.

 

C’est un véhicule qui ne laissait pas indifférent, certains l’on aimé (Moi en l’occurrence) certains l’ont détesté pour différentes raisons et d’autres se sont tués avec pour l’avoir prise pour un voiture de course.

Les américains l’avaient construite pour faire la guerre et pas pour autre chose.

 

Au 8, la Peugeot P4 l’a remplacée, à mon grand regret mais il fallait bien évoluer. Pour avoir roulé avec les deux, je préfère toujours la Willys.

Aujourd’hui la tendance est radicalement différente, on s’oriente vers le tout blindé mais c’est une autre histoire.

 

ADC r) Jacques ANTOINE

Chargé des Traditions

 

 

LA PHOTO DU MOIS DE FEVRIER 2012

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Odyssée d’un palestinien ou assassinat d’un sans papiers

Le 5 octobre 1982 à Beyrouth, une section de la 3 du 8 découvre une cache d’armes et deux blindés abandonnés par les Palestiniens. Une partie sera détruite et le reste « confisqué » dont les deux véhicules.

Ces blindés sont de fabrication locale. Les palestiniens ont fait un montage de plaques d’acier sur un châssis de camion Mercédès-Unimog, imitant un transport de troupes brésilien de l’époque.

 A la fin de la mission les deux engins auxquels s’est rajouté un T34 russe en parfait état sont présentés au port pour l’embarquement dans un TCD de la Royale. Tout se passe bien pour les deux blindés  à roues mais un frileux de l’état-major de la FMSB interdit d’emmener le  T34. Il avait certainement peur que Yasser Arafat vienne le réclamer au Palais Niel un matin ! Bref la traversée se passe bien et les deux « palestiniens » se retrouvent rangés prés des garages à Fayolle.

A l’époque je suis le chef de la cellule IST à la 11e Cie et un jour,  passant devant eux je me mets à imaginer que cela pourrait faire d’excellentes cibles mobiles. Je demande à en récupérer un. C’est chose facile, personne n’en veut. Je prépare mon projet et je le présente au chef du BOI, le CBA THOMANN, ce dernier m’appuie auprès du colonel LE PAGE et moyennant quelques modifications légères, ce dernier autorise l’emploi de ce véhicule comme cible mobile avec conducteur.

 Le « 8 » possède alors un outil d’instruction du tir extraordinaire. Le pilote, coiffé d’un casque de tankiste israélien relié à une radio anglaise, reçoit les ordres de déplacement par PP13 à partir du pas de tir. Les munitions utilisées sont la cartouche F3 pour le tir réduit au LRAC de 89, la grenade à fusil antichar inerte et la cartouche 7,5 mm avec les stages de tireur d’élite. Pour les grenades, des tapis anti-mines de GMC couvrent les flancs et l’avant du blindé. En cas d’impact, la grenade se plante dans le caoutchouc et reste intacte (important pour les STR (BML aujourd’hui), car après avoir cassé une dizaine de grenades sur le blindage nu, le chef des STR à failli avoir un arrêt cardiaque Quant aux tireurs d’élite, ils visent des têtes de cibles ou des ballons gonflés posés sur le toit du blindé.

Nombreux sont les tireurs qui découvrent la différence entre une carcasse immobile et cet engin capricieux, qui ne va jamais à la même vitesse et modifie sans cesse son itinéraire sur ordre.

 Repeint en camouflage fantaisie, l’IST l’immatricule XI  RC ?  (XI pour la compagnie d’appartenance et RC pour roues-canon ? Eh bien non, pour Réglat Claude, du nom du capitaine)

Il sert à la mise en place des vedettes, au transport des cibles et des munitions et rentre à Fayolle par la route, quand c’est nécessaire, escorté par un Marmon.

Il n’existe pas pour l’armée qui a refusé de le prendre en compte, il n’est pas non plus immatriculé, c’est un « sans papiers ». Son « médecin » privilégié est le sergent Kowacs, mécanicien de la « 11 », qui accepte de s’en charger en plus de son travail quand il tombe en panne. En quatre années de service, pas un accident, que ce soit pour le conducteur pendant les tirs ou pour l’engin sur la route.

 Quand je quitte le régiment pour un séjour OM, mon successeur prend en compte l’outil et l’emploie dans les mêmes conditions. Les années passent, les personnels changent, un jour la cible mobile est abandonnée et mise au rencard.

Hélas il ne s’est trouvé personne pour comprendre que ce n’était pas un engin comme les autres. C’était une « prise de guerre » qui avait nécessité beaucoup d’ingéniosité, beaucoup d’énergie et de travail pour fièrement le ramener de Beyrouth à Fayolle. Il a été saccagé, pillé et caché dans un bois du Causse. N’est ce pas un aveu d’assassinat ?

Les trois photos le montrent chez lui en 1982, chez nous en 1985 et au cimetière.   Adc(er) ANTOINE Jacques

LA PHOTO DU MOIS DE JANVIER 2012

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Certainement la photo la plus chargée en symbolique jamais prise sur la place d’armes de Fayolle.

C’était en juillet 1994, notre 4ième compagnie était à Pskow en Russie non loin de l’Estonie. En échange, le 8 avait reçu une compagnie de la 76ième Division Aéroportée de la Garde.

Ce qui explique la présence du drapeau de la Russie au mât des couleurs.

 En même temps une délégation de l’armée Britannique était venue à Castres pour commémorer un fait d’armes remontant à 1944 et auquel des parachutistes de sa Majesté avaient participé.

La musique du 1ier Spahis était présente pour la même raison.

Il aurait été dommage de rater cette image car il a suffit d’une quinzaine de minutes pour rassembler tout le monde. Les 1CL DIARRA et CHICOUARD de garde ce jour là, sont même appelés pour compléter le tableau.

Et voila ce que ça donne !

Il faisait une chaleur de plomb fondu et les Gallois suaient des litres sous leurs bonnets en poil d’ours.

En effet les trois hommes en rouge sont des Welsh Guards, le lieutenant est à droite avec son sabre au coté. Il parlait très bien le français.

L’officier n’a pas un bonnet en poil d’ours mais d’ourse ! Ils ont adopté ce bonnet en 1831, seize ans après Waterloo, en piquant le modèle sur celui porté par les grognards de la Garde Impériale de Napoléon 1ier. On ne sait pas s’ils ont tondu des ours anglais pour faire le leur mais l’idée de départ était bien française. Vae Victis !!

Sur leur vareuse en tissu épais il y a deux lignes de 5 boutons. Cela signifie qu’ils appartiennent au 5ième  Régiment à Pieds (Foot Gards) de la Garde de la Reine.

 A la droite de l’officier en poil d’ourse il y a un cornemusier en kilt couleur tabac, il a deux fois quatre boutons et un plumet bleu, il est donc du 4ième régiment, c’est un Irish Gard, un irlandais. Pour compléter l’information les 1ier et 2ième régiments de la garde de la Reine sont anglais et le 3ième est écossais avec trois séries de trois boutons. Ce n’est pas la guerre du même nom mais vous constaterez que chez nos voisins d’outre Manche la tenue militaire est très riche en symbolique, bien plus que chez nous.

D’ailleurs pour en revenir aux tuniques rouges que toute la Garde porte, avec des insignes différents, c’étaient les mêmes qui ont combattu notre 1ier Empire et plus tard Lafayette. Cette couleur s’explique parce qu’elle est celle de la royauté Britannique. Elle a été adoptée pour l’armée en 1707 et abandonnée en opération en 1899 lors de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud. Le kaki ayant, à juste titre, été jugé plus discret.

 

Quant à nos spahis leur histoire est étonnante. Spahis est un mot d’origine turque venant du persan « sipâhi ». C’étaient des cavaliers fournis par les tribus servant l’Empire Ottoman en Afrique du Nord. En 1830 quand les français débarquent à Alger les sipâhis, se rallient à la France. L’armée d’Afrique aura jusqu’à 12 régiments de cette nature. Il y eut donc des Spahis algériens, tunisiens, marocains et même des spahis recrutés en Crimée en 1854 parmi les mercenaires de l’armée Ottomane pour combattre les russes. On les appelait les « bachi-bouzouks » (têtes fêlées en turc). Au combat c’étaient des sauvages absolus qui se payaient en rapines et en exactions. En deux mois ils seront décimés par le choléra.

Le 1ier Spahis d’aujourd’hui, ex 1ier Spahis Marocains, le seul restant, s’est installé à Valence en 1984 en provenance des FFA. Il appartient à l’ABC mais porte les boutons et les insignes dorés des unités « à pieds » au lieu d’argentés «troupes montées » héritage de son appartenance jadis à l’Armée d’Afrique. En revanche il n’a pas un drapeau mais un étendard et une mascotte, un bélier.

 

Il y aurait encore beaucoup à écrire sur les Spahis ou les « tuniques rouges » car leur histoire respective est riche mais revenons un instant sur la photo. Vous allez me demander pourquoi il n’y a pas de paras russes ?

C’est tout bête, ce jour là, 1ier juillet ils étaient dans la Montagne Noire. Ils l’ont certainement regrettée car juste après avoir quitté Castres ils ont été engagés dans la première guerre contre la Tchétchénie dans le nord du Caucase. Cette guerre courte à été très meurtrière pour les russes.

 

                                                                                   ADC® Jacques ANTOINE   

 

LA PHOTO DU MOIS DE DECEMBRE ADC(er) ANTOINE Jacques

LE NORD

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Bienvenue chez les Ch’tis ? Non pas vraiment car c’est d’un vieil oiseau d’argent dont je vais vous parler. Un « tagazou », un « tapin » que les paras de moins de  30 ans ne peuvent pas connaître. Le NORD 2501 ou NORDATLAS.C’est le discret Transall qui l’a progressivement chassé à partir de 1967. Le NORD va encore larguer du para quelques années puis va faire son dernier vol en 1987 et disparaître. 
Les anciens l’ont vu partir avec nostalgie car c’était une sacrée machine du ciel !En version para, les portes restaient au sol et il fallait un escabeau pour y monter. On embarquait porte de gauche moteurs tournants. Ceux équipés en gaines  avaient toutes les peines du monde à tenir debout dans le vent des hélices. Pour grimper, le largueur tendait la main.36 paras pouvaient prendre place, 14 sur les banquettes latérales et le reste assis en « crash » au milieu, collés, jambes écartées avec le dorsal du copain sous le menton.Le bonheur c’était le point fixe. Il faisait déjà un bruit d’enfer et vibrait à s’en faire sauter les rivets en roulant mais lorsque le pilote bloquait les freins et poussait les tours moteurs plus personne ne pouvait s’entendre hurler. La carlingue tanguait comme un navire dans la tempête, le plancher tressautait, les poutres arrières oscillaient à s’en décrocher, puis…le pilote lâchait la « pédale ».
C’est alors un démarrage de formule 1, une accélération puissante, par la porte on voit défiler la piste à une vitesse folle. Sur les banquettes tout le monde est couché sur le voisin, impossible de rester droit. Et le bruit, une pétarade grandiose qui gronde crescendo à en casser les tympans. Et l’odeur, la bonne odeur de l’échappement qui rentre en volutes blanches par les portes absentes. Puis le nez se dresse et la piste part vers le bas rapidement. Il arrivait à décoller très souvent !! A 1000 pieds  le régime tombait et on pouvait presque se parler sans crier.Debout, accrochez ! On n’entendait rien mais on voyait les gestes du largueur. Il fallait d’abord aider les copains en « crash » à se lever puis on cliquait le mousqueton sur le câble. La sortie…comme des fous, comme d’hab quoi ! Du NORD rien de plus facile à faire un « face moteur » à la sortie, quitte à vriller les suspentes. Ah ! Le saut du NORD quelle aventure !A coté le Transall c’est un autobus pullman. 
Son premier vol se fait en 1950, il sort des usines Nord Aviation. C’est un bimoteur bipoutre à ailes hautes. L’Armée de l’Air en aura 208 exemplaires. Il est propulsé par deux moteurs Bristol Hercules 739 de 2040 CV fabriqués sous licence en France. Envergure 32,5 m, longueur 21,95 m Poids maxi 21 tonnes, il va à 440 km/h, peut monter à 7100m et parcourir 2450 km.Il charge 7.9 t ou 36 paras.Différents pays l’ont acheté, Allemagne, Grèce, Israël, Portugal puis plus tard l’Angola, Djibouti et le Mozambique.
Il a fait la guerre d’Algérie, le canal de Suez (Opération mousquetaire) en 1956 et Bizerte en 1961.
En 1958, le NORD permet un record de chute libre de nuit pour un stick de parachutistes. Un saut effectué à 7000 m sans inhalateur. Parmi les sautants, le CNE MOSCONI ancien du 8ième BPC d’Indochine.
En 1968, pendant les grèves clouant tous les avions civils au sol, l’Armée de l’Air  fait avec lui du transport de passagers sur les lignes intérieures. A l’époque l’Armée brisait les grèves !
A l’ETAP de Pau il sert aux passages de brevets mais en 1971, le 30 juillet le NORD n° 49 s’écrase avant la zone de saut,  faisant 37 victimes  dont 32 élèves de l’EMIA venus se faire breveter. 
Il  reste aujourd’hui, un NORD 2501 en état de vol à Marignane. Il appartient à une association de fous volants, il est classé « monument historique »

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LA PHOTO DU MOIS DE NOVEMBRE ADC(er) ANTOINE Jacques

La baraque du Chinois

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Bergerie au début du siècle puis utilisée après comme pavillon de chasse, la baraque du Chinois fait partie du lieu dit « le grand Lardicou ».

En 1968, elle est épisodiquement visitée par les unités qui vont sur le terrain ; son état est proche de celui d’une ruine.

Un évènement va pourtant lier définitivement cette bâtisse avec l’Asie au cours de cette année 68.

Il y a en effet à Fayolle trois Vietnamiens démobilisés depuis peu qui, loin de pouvoir ou de vouloir s’intégrer au milieu civil, passent le plus clair de leur temps à faire le tour des compagnies.

Un jour, le colonel Mourier s’émeut de cette situation et cherche une solution pour, sinon régler le problème vietnamien du moment, tout au moins l’éloigner, quitte à faire perdre des bénéfices au foyer.

Il avise le chef de bataillon Duparc, chef des SA et tous deux décident de faire réhabiliter ce que l’on appelait le pavillon de chasse du Causse.

L’adjudant Michel Cadin, chef du casernement est désigné pour mener l’affaire à bien afin de loger les trois compères ramenés d’Indochine on ne sait par quel régiment et arrivés au « 8 » on ne sait pourquoi.

Les travaux commencent aussitôt et, grâce aux divers chantiers qui sont en cours à Fayolle, l’adjudant Cadin n’a aucun mal à trouver des matériaux et la baraque devient une maison.

Le régiment fournit ensuite le mobilier et nos trois caporaux Yssoï, Yhut et Ybouk Da prennent possession de leur logement.

Chaque semaine ils sont ravitaillés par la compagnie qui vient tirer et, lors du tour des vedettes, un sac de riz et divers ingrédients sont déposés devant ce qui devient vite la baraque des chinois.

Combien de temps ont-ils vécu là ? La réponse se perd dans les buis et les herbes folles du Causse. On sait simplement que leur destin fut tragique :

- l’un fut écrasé sur la route de Labruguière en revenant d’une soirée trop arrosée dans son bistrot habituel,

- un autre périt dans l’incendie partiel de la baraque,

- quant au troisième, il disparut simplement, parti on ne sait où.

Au fil des années la baraque des chinois est devenue la baraque du Chinois.

Elle l’est toujours aujourd’hui.

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Cette photo de Michel NARANJO est datée du  5 Avril 1966

Le chef de bord est Y BOUK  qui  était avec lui à la CA en 1966

il connaissait les deux chinois    Y Yut , le plus petit , et Sen a Sang , le plus vieux 

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LA PHOTO DU MOIS D'OCTOBRE   ADC (r) ANTOINE Jacques

 

LONG TOM à FAYOLLE

 

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 En 1953 on trouvait ce genre d’accessoire dans la cour du quartier Fayolle. Il s’agit d’un canon de 155mm américain familièrement appelé Long Tom. Il équipait à l’époque le 2ième RAC (Artillerie Coloniale) en garnison à Fayolle..

 

Quelques mots sur ce canon. Il a équipé l’artillerie US pendant la 2ième guerre mondiale, il pesait 13,8 tonnes, pouvait tirer 8 coups en 10 minutes à une portée maximale de 23 km. Pour tirer, les 4 roues se relevaient et le canon reposait au sol. Poids d’un obus 57,7 kg.

 

Le 2ième RAC a vécu sa troisième création à Castres le 1ier mai 1958. Il va se scinder en deux, un groupement  part en Algérie en version infanterie et le groupement resté à Castres assure l’instruction avec des cadres parachutistes. Le 1ier décembre 1958 il change d’appellation et devient 2ième RAMa. Après la guerre d’Algérie il est dissous en décembre 1962 pour passer dans la réserve. Ce bon vieux régiment avait été créé en 1792 à Toulon. En 1870 il sert dans la Division Bleue à Bazeilles. Il fait 14-18 puis se promène dans différentes garnisons (Brest, Cherbourg, Bordeaux, Libourne, Bastia et Nîmes, jusqu’en 1939.

A l’armistice en 1940 il est dissous par le gouvernement de Vichy mais recréé par les  Forces Françaises Libres  en Egypte en février 1943 avec des éléments de l’artillerie coloniale de la Côte Française des Somalis (Djibouti aujourd’hui). 

Il participe à la libération de la France puis s’installe à Nîmes fin 44. Il est dissous après la guerre.

 

Cette photo a été donnée par Claude Dastugues (le clairon de droite) qui à fait son service  à Fayolle et  aujourd’hui à la retraite à Lautrec.

 

Un coup d’œil sur  l’image permet de faire une comparaison avec le quartier actuel, la place d’armes est en terre battue sans bordures comme maintenant, la voiture du colonel se trouve devant le PC de l’époque situé dans le bâtiment central et on voit qu’il existait des petites bâtisses entre les grosses constructions. Les salles de cours près du foyer étaient des écuries, du temps de l’artillerie à cheval et des garages à Long Tom en 1953.

 

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 Insigne du 2ième RAC

Ancre et canons croisés de l'artillerie coloniale puis de marine, carte d'Afrique avec les possessions françaises en rouge, couronne de feuilles de chêne et de laurier évoquant la conduite héroïque du régiment en 1914-1918.

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Commentaires (17)

1. houiller jean-jacques 16/11/2016

Que de bons souvenirs, quel beau régiment où j'ai réalisé mon rêve de gamin: être un para! rien que des "beaux hommes".

2. duwald 09/09/2015

bonjour,
merci (adjudant) Antoine (cousin)
n'oublions pas non plus la grotte de l'ours pd
maya est en forme

3. PIZZO 04/03/2014

Que de bons souvenirs que tout celà,je souhaite à nos jeunes de connaitre une ambiance similaire,En passant,un grand bonjour à tous les anciens et une pensée particuliére à un vieux pote:RAOUL....parti bien trop tot.

4. HAUTI François 04/03/2014

Nous avons un ancien du 8 BPC d'Indochine qui a été radio du capitaine TOURRET à Dien Bien Phu et blessé à plusieurs reprises. Il vit depuis de très longues années sur un voilier avec son épouse à Raiatea une île voisine de Tahiti et il fait parti de l'Union Nationale Des Combattants de Raiatea.
Puis nous avons aussi le Lt colonel FAVRE Olivier qui a commandé la 3e Cie.
Voilà pour les quelques nouvelles des anciens du 8 qui se sont retirés à Raiatea ( île sacrée )
Vous avez le bonjour de toute la Polynésie. Maururu.

5. Philippi didier 09/11/2013

je n'ai pas servi au 8, mais j'ai débuté ma carrière au 22 à Albi ou il y avait de nombreux anciens du régiment. Excellent récit a propos de "la boule rouge la boule rouge". Je l'ai vécu presque à l'identique. Quand a "la baraque de chinois", les anciens en parlait encore à l'époque.
Très cordialement

6. le gaillon 03/11/2012

Merci pour le récit du caporal Cambodgien ,très émouvant .Hélas combien en avons nous perdus !!!!

7. MILANINI 23/10/2012

Félicitations mon adjudant chef, il m'a fallu des années pour voir la boule rouge, j'étais souvent à sa recherche de nuit CME ,CM1 et un jour ce fut la révélation, beaucoup de bons souvenirs, merci encore

8. Roudeillac 08/10/2012

Félicitations aux auteurs de cette belle page d'histoire militaire en général et du 8 en particulier. De tels travaux témoignent de la passion bien connue de l'A/C Antoine pour l'Histoire, la vraie, celle des Hommes, mais aussi de l'engagement sans faille du Webmaster, Salles, pour mettre le tout en musique. Bravo, oui vraiment Bravo !

9. Naranjo Michel 19/09/2012

Merci ,Mon Adjudant Chef, pour la baraque du chinois, j'ai trés bien connu les chinois qui étaient à la CA en 1966 ,Yhut et Ybouk ,Il y avait aussi Sen a Sang ,j'ai une photo d'un des chinois en jeep avec moi lors d'une manoeuvre en avril 1966.
J'aurais quelques petites anecdotes plus ou moins marrantes vécues,avec ces chinois , à raconter .
Ils collectionnais ,des choses que j'ai vu dans des bocaux avec du formol !!!

10. GUERIN Bernard sergt 66 1/c 13/09/2012

Merci pour la baraque des chinois
En 66-67 ils etait a la ca dans la chanbre a cote du bureau de la semaine
En tant que sergent de semaine c'etait la chanbre a ne pas deranger !!!
quel belle epoque ! mais leurs fin est tragique ...

11. POULET 05/06/2012

sa me désole de voir ce qu'est devenue le blindé palestinien, j'ete de la section qui a trouvé le dépot avec ses deux véhicules, j'ai pu aussi l'utiliser a mon stage de TE avec l'adj ordon, ce véhicule fesais parti de l'histoire du 8 et un bon souvenir.

12. Dillar Yannick 11/05/2012

La baraque du chinois, le ravin de la femme sauvage, l'esprit fraternel des para du huit...32 ans ont passé mais ça reste dans la mémoire à jamais!!!
Merci encore !!!

13. LEBOUGRE 10/04/2012

Merci pour les photos ,avec notre chef de groupe FOURCADE ,et bien sur LAFOURCADE et moi meme ,pendant les test groupe a CAYLUS ,que nous avons gagne .AMICALEMENT .LEBOUGRE

14. mazellier gilles 25/03/2012

merci beaucoup pour ces infos supplementaires concernant "la barraque du chinois" , qui est et restera un endroit mythique du 8 ou tout le 8 y est passer dans diverses occasions , je me rappel de quelques bonne soirees a la flambee en compagnie du sch/TAPUTU a c hanter des chansons paillarde " triquon nos verres et vidons la bouteille !!!! que de bons souvenirs ( entre 83 et 85 )

15. van peteghem 04/02/2012

super mon adjudant chef, infos photos sympa

16. FELT Richard 04/02/2012

Merçi mon Adjudant Chef, vraiment un travail littèraire qui vous caractèrise, pour ma part j'ai apprèciè le documentaire sur la Baraque "des"Chinois, pour chaque anciens elle est un MONNUMENT incontournable lier à tout les VOLONTAIRES.Le ravin de la femme sauvage??? A quand son anecdote?Merci encore et nous pouvons que vous encouragé..

17. HAUTI François 03/02/2012

Merci de nous faire revivre l'histoire de la baraque du chinois ! tant de générations y sont passées. Vous faites un travail formidable. Merci encore les anciens...

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