JANVIER 2014

 

RCA, pauvre petit pays riche.

 

La première fois que le 8e RPIMa a été représenté en République Centrafricaine c'était en 1968 avec la 2ième compagnie du capitaine Cluset.

Chose intéressante ce n'était pas une compagnie d'engagés mais d'appelés.

Cette année là, deux autres unités étaient parties en même temps, en Afrique, la 1ière Cie à Bou Sfer en Algérie et la 3 à Libreville.

La RCA était dirigée par un personnage haut en couleur qui sera plus tard très controversé, le général Jean Bedel Bokassa. Ses liens avec la France sont très étroits puisqu'il était dans la Coloniale et qu'il y termina  capitaine.

Engagé en 1939, il entre un peu plus tard dans les Forces Françaises Libres. En 1944 il débarque en Provence et fait la campagne de France et d'Allemagne. Il poursuivra la guerre en Indochine et en Algérie. Incorporé dans la jeune armée centrafricaine comme officier supérieur peu après l'indépendance, c'est par opportunité qu'il prend le pouvoir en 1965 en faisant avorter un coup d'état de la gendarmerie contre son cousin David Dacko alors chef de l'état.

Il coule de source que la tournante de la 2ième Cie à Bangui s'est bien passée avec un président de la même Arme qui criait: "Vive la Coloniale" lorsqu'il se retrouvait avec des officiers français.

 Bangui était appelée à l'époque "Bangui la coquette", tout juste restituée par l'administration française, c'était encore une belle capitale, peu étendue où vivait une forte colonie européenne. Le pays était en paix, bien protégé par la France  et tout aurait pu très bien se passer sans la mégalomanie du général Bokassa qui bien plus tard, en 1977, voulu ressembler à Napoléon 1ier et devenir empereur.

Entre temps le pays avait commencé à "plonger", économiquement et administrativement, la corruption et la cupidité des dirigeants minaient l'état.

 Après le couronnement, en grande partie payé par la France, un froid s'installa entre le "cousin" Valery Giscard d'Estaing, et Bokassa 1ier car la France ne savait pas quoi faire de cet encombrant personnage, ni du pays d'ailleurs.

Surtout par manque de compétence africaine car rien n'avait été sérieusement envisagé, aucun partenariat, aucun investissement,  pas de développement alors qu'il possédait des richesses reconnues.

L'empereur africain s'est alors tourné vers Kadhafi… Fatale erreur !

La France ne le supporte pas et déclenche l'opération Caban puis Barracuda le 21 septembre 1979. Caban permet de remettre en place David Dacko, président destitué par le coup d'état précédent et Barracuda de sécuriser le pays. On capturera une section de Libyens au passage.

Bokassa  1ier en visite à Tripoli n'a plus qu'à se rendre en France et entrer en exil.

En 1981 les "barracudas" comme ils étaient appelés à Bangui sont remplacés par les EFAO (Eléments Français d'Assistance Opérationnelle). L'ancien camp Leclerc de Bouar au nord est réactivé et l'Armée Française s'implante durablement en RCA.

A Bangui on crée le camp des "200 villas" et pendant des années, compagnies d'infanterie (surtout parachutistes) et escadrons de blindés légers vont se succéder pour assurer une présence permanente.

Une composante Air s'installe à l'aéroport de M'Poko et peut recevoir des avions de transport et des chasseurs.

La 11ième compagnie du "8" y fera même une mission de 4 mois en 1982.

Ces bases vont permettre d'avoir une position centrale en Afrique et de donner une expérience africaine aux régiments qui s'y succèdent. Le pays est quadrillé par les tournées de province et la paix règne.

Malheureusement la France n'est pas plus présente économiquement et la situation met des années à se dégrader au gré des coups d'états. C'est un abandon progressif dû à une politique africaine hasardeuse.

En 1998, officiellement pour resserrer le dispositif français en Afrique, officieusement parce qu'on a plus assez d'argent on plie les bases de RCA et on rentre. Erreur ou pas erreur ?

Sangaris aujourd'hui donne un élément de réponse.

Mais là aussi la France à raté le train de l'histoire africaine.

Avec de bons sentiments, elle a laissé le général Bozizé se faire chasser par une armée islamo-hétéroclite pensant peut être que tout allait bien se passer, dans le meilleur des mondes avec le nouveau président autoproclamé.

Dans la "Françafrique" d'avant on avait toujours défendu les gouvernants en place même si c'étaient des pourris et cette méthode avait évité beaucoup de "Sangaris".

D'autant qu'en 2006 et 2007 avec peu de moyens, les militaires français avaient repoussé deux tentatives d'infiltration de rebelles. Il n'y avait qu'à recopier.

Aujourd'hui les 1600 français de Sangaris sont dans un dédale politico-militaire majeur.

Jamais armée au monde ne s'est retrouvée si faiblement représentée dans un tel foutoir et c'est un exploit pour nos gars de se maintenir dans une capitale tentaculaire au milieu d'un affrontement ethnico-religieux multidirectionnel allié à des forces africaines disparates qui se tirent dessus entre elles et qui n'ont pas du tout la même approche de la mission.

Les anciens de Barracuda et des premières années des EFAO ne reconnaissent plus ni Bangui, ni la RCA où ils pouvaient circuler partout dans la capitale, sortir le soir, aller au restaurant ou en boite.

Partir en brousse, dormir dans les villages avec une simple garde aux véhicules et rencontrer une population enthousiaste bien contente qu'on leur répare les routes, les ponts, les écoles et surtout que notre Service de Santé les soigne.

Tous déplorent ce gâchis incroyable après tous les efforts faits année après année.

Pauvre petit pays riche comme dit le général Reglat !

 

          Adc(r) Jacques Antoine

             Officier traditions

 Insignes cliquez dessus pour agrandir

Barracuda 1

  Efao Efao

 1968 sejour de 4 mois 

Pict0008

cliquez ici http://amicale8rpima1.e-monsite.com/pages/rca/tournante-1968.html

_________________________________

Rca

1979 Barracuda Le CNE Olivier FABRE commandant la 3ième Cie

Rca

1979 Barracuda Une jeep de la 3 dans une rue de Bangui

Rca

1979 Barracuda Contrôle de foule avec quelques hommes

Rca

1979 Barracuda La tenue de combat: casquette, short, arme, une autre époque

Rca

1982 Tournante de la 11ième Cie La CNE LEMETTEIL et l'ADJ LE CLECH en 
brousse.

Rca

1982 L'entrée du camp des "200 villas" futur camp Béal

Commentaires (8)

1. Fernandez 12/03/2016

Bonjour jaimerais prendre contact avec un ancien du 8 rpima qui a vecu les mission tacaud et barracuda de 1979 pour mon pere qui a fait cest mission pour quil puisse retrouver des amies a lui il sapelle jean-luc saez contacter moi au 06-19-91-40-21 merci davance

2. Sandmayer Bernard 11/01/2014

Bonjour chers amicalistes de France,
Je viens de prendre connaissance de ce petit rappel historique et je veux témoigner en qualité d'appelé du contingent ayant la grande chance d'avoir participé à cette "tournante" en 1968. Merveilleux souvenir pour un p'tit gars du contingent.
Je saisis cette occasion pour vous adresser mes voeux les plus sincères pour 2014.
Melbourne le 11 janvier 2014

3. Georges Galliot 11/01/2014

Il est possible de rappeler l'activité d'un Ancien du 8 dans la stabilité de la Centre Afrique durant des Année le colonel MENSION

4. LEBOUGRE JEAN LOUIS 09/01/2014

Bonjour a tous je faisait parti de l,operation BARRACCUDA et j,en garde de bons souvenirs
AMITIES A TOUS

5. Navarro Jean 07/01/2014

Bravo pour les commentaires.
Il me reste une petite anecdote, en 1968 ma compagnie assurait la protection de Bokassa qui venait juste de se proclamer Général et Mr Hervé Bourges alors ministre de la coopération était venu livrer l'avion salon que la France offrait à Bokassa.
Bokassa avait demandé au Général de Gaulle alors Président de la République,une caravelle équipée en salon pour ses déplacements.
Mais surprise, à l'arrivée, il s'agissait d'un simple DC3 (Dakota), qui était fort beau, mais qui ne plaisait pas à Bokassa.
Ma section rendait les honneurs au ministre et à Bokassa, sur l'aéroport de Bangui et Bokassa est rentré dans une colère monstre en maugréant sur le Général de Gaulle, nous disant qu'il n'était plus son père.
Malgré cela Bokassa a gardé le DC3 et la soirée s'est bien terminée, puisque 3 semaine plus tard le 4 décembre fête de l'indépendance, les officiers et sous officiers de la compagnie, nous avons été invité dans les jardins de son palais pour fêter l'événement en présence de 5000 invités.
Au menu, 300 moutons (méchoui) et plus de 600 poulets rôtis, le tout avec les portes du Palais présidentiel fermées jusqu'à 6h00 du matin.
Seule la section d'alerte était restée à la base en cas d'intervention.
Notre relève a été effectuée par le RICM de Vannes qui lui aussi faisait partie de la 11ème DLI.
Ce fût une belle aventure et une belle expérience.
Le Régiment était composé à 85 % d'appelés, seuls les cadres étaient des militaires de carrière.

6. franck jugniot 06/01/2014

oui, un beau pays la rca dans les années 80
bangui, bouar,boali que de bon souvenirs
un ancien efao du 8
merci jacques pour tes photos du mois, toujours très intéressant.

7. DUCROS Philippe 06/01/2014

superbe de nous rappeler notre bon vieux temps et que les jeunes suivent notre trace quel bonheur de vous lire sur ce remarquable site .le 8 a toujours eu des hommes remarquables du parachutiste au colonel continuez a faire vibrer notre fibre patriotique ce qui fait notre grandeur.
Quand à Jacques Antoine et Jean-daniel Salles le 8 a de la chance de vous avoir pour perdurer son histoire CHAPEAUX BAS MESSIEURS

8. SAINT-JUST 06/01/2014

Très bien ce petit rappel historique, bien peu connaissent ce petit clin d'oeil à notre histoire Centrafricaine. Merci à toi Jacques, et merci aussi à J-D, ce site est une mine de d'histoires et d'anecdotes.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau