AVRIL 2014

 

L’Artillerie n’aime que la campagne.

Nous allons entrer, cette année dans les commémorations de la Grande Guerre. Castres était loin du front mais c’est de Castres que sont partis les 3ième et 9ième Régiments d’Artillerie de Campagne. Le 9ième logeait au quartier  du Lardaillé ( Fayolle à présent) mais revenons en arrière, juste un peu plus d’un siècle.

9rac 1

Nous sommes en 1874, le président de la République est le Maréchal Patrice de Mac-Mahon. Trois ans plus tôt la France perdait la guerre commencée en 1870 par Napoléon III. Les Prussiens avaient envahi et occupaient la partie nord et est de la France. Une ligne partant du Havre, passant au sud de Tours filant jusqu’à la Côte d’Or et partageant le Jura pour terminer à la frontière Suisse. Pour ne pas que les Prussiens restent dans Paris on avait payé une forte somme d’argent. En septembre 1873 les troupes ennemies s’étaient retirées en gardant l’Alsace-Moselle, le prix à payer pour la défaite, sans compter de lourds dommages de guerre, 5 milliards de francs or.

Au gouvernement on tire, un peu tard, les leçons de ce cuisant échec et on décide de réorganiser l’Armée et la défense du territoire. Le général Raymond Séré de Rivières, né à Albi, va être le promoteur et le concepteur d’un gigantesque programme de fortifications partout en France mais surtout sur les frontières, particulièrement dans l’est, face à l’Allemagne. Pour ne citer que deux forts à titre d’exemple entourant Verdun parlons de Douaumont et de Vaux. Quarante deux ans plus tard ces noms entreront tragiquement dans l’Histoire.

Mais les fortifications seules ne suffisent pas, il faut des fantassins et des canons. La France va se couvrir de garnisons et de nombreuses villes vont réclamer des régiments.

Castres n’est pas en reste et demande des soldats à grands cris depuis 1872. Toutefois pour mieux se faire entendre de Paris, le conseil municipal  vote 600 000 francs de subventions à l’état pour faciliter la création d’une école d’artillerie et qui dit « école » sous entend aussi « régiment ».

Les autres communes de l’arrondissement de Castres y sont très favorables. Tous y voient un intérêt économique majeur.

Il est vrai que le Tarn n’est pas un département riche. Il est surtout agricole, un peu minier et si le textile et le délainage progressent bien, un apport par les militaires n’est pas à négliger. A Castres on veut de l’Artillerie car s’il y a des hommes à nourrir et à loger, il y a aussi des chevaux et un régiment d’artillerie c’est au bas mot 1935 chevaux de selle ou de trait.

Ne serait ce que pour nourrir tout ce beau monde, il faut que l’Armée achète sur place des tonnes de fourrage, d’avoine et de paille. Les paysans se mettent à aimer l’artillerie de campagne.

Devant tant de bonne volonté sonnante et trébuchante l’Etat ne peut que répondre favorablement et  une délégation du Génie vient à Castres pour rencontrer la municipalité.

Il est décidé des besoins et mois après mois le projet prend forme, les terrains sont achetés et les appels d’offres sont lancés. La procédure à cette époque est extrêmement simple et rapide.

En 1874 les travaux commencent pour un arsenal à Laden (ex CM15), une poudrière à Melou (actuellement services techniques de la ville), un parc à fourrage (aujourd’hui parc des expositions) et un quartier d’artillerie à Lardaillé. L’Armée souhaite également disposer d’un champ de tir, ce sera le Causse avec 695 hectares.

A Beaudecourt s’installeront l’Ecole d’Artillerie et le général commandant la 16ième Brigade d’Artillerie.

 En ces temps, la ville est bien moins étendue et toutes ces constructions vont s’ériger en pleine campagne.

La futur quartier va se situer près du plateau de Lardaillé (qui tire probablement son nom de Ardaillé  signifiant terrain argileux) Ce ne sont que prés, champs et vergers car il y a deux fermes, celle de Lardaillé qui devait se trouver entre le rond point des filtres et le centre commercial de Roulandou et une autre  appelée Nadalou qui se trouvait à hauteur du gymnase régimentaire.

Il y eut certainement des expropriations car ces exploitations se sont retrouvées en terrain militaire.

Le quartier est terminé en 1876, il comprend : 3 bâtiments troupe pour abriter 1100 hommes (normes de l’époque) 5 bâtiments d’écurie à 8 travées, 1 manège et 4 bâtiments de bureaux, mess, poste de garde et prison. Le terrain derrière le quartier est utilisé comme champ de manœuvre.

Aujourd’hui une partie de cette étendue est restée terrain militaire avec le stade, les hangars et le bâtiment des cadres célibataires. Le reste sera cédé, bien plus tard, pour construire les logements cadres (années 30) les HLM, la bibliothèque municipale et le collège Jean Monnet (années 60-70).

 Le 9ième RAC (artillerie de campagne) en provenance de Toulouse s’y installe aussitôt.

Un RAC de Corps d’Armée comme l’est le « 9 » comprend 4 groupes d’artillerie de 3 batteries chacun. La batterie compte 4 canons soit 48 pour le régiment (un RAC de Division d’Infanterie n’a que 3 groupes)

Dés 1897 les RAC se voient dotés d’un nouveau canon conçu par plusieurs officiers d’artillerie, le canon de campagne Puteaux modèle 1897 de 75mm. Il est révolutionnaire pour l’époque car il comporte d’étonnants perfectionnements : un frein de tir hydropneumatique qui permet un plus long recul et évite le dépointage de la pièce et permet le tir rapide (28 coups minute au maximum mais peu utilisé en raison de la surchauffe du tube)

Les munitions sont encartouchées donc utilisable dés la sortie de caisse et la poudre est sans fumée.

 Les tirs d’entrainement  se font d’un peu partout, du champ de manœuvre du Lardaillé, du Causse lui-même mais aussi du Sidobre où les batteries vont s’installer. La portée du 75 est de 8500 mètres.

Les habitants étaient habitués aux sifflements des obus au dessus de leurs têtes.

 Le 9ième RAC n’est pas un régiment récent. Il est issu du 9ième RA créé en 1810 sous le 1ier Empire. Il fera la campagne de Russie, la prise d’Alger en 1830, Sébastopol en Crimée en 1854-1855, la campagne d’Italie en 1859 (batailles de Magenta et Solferino) Il ira aussi combattre en Chine et au Mexique entre 1860 et 1862.

Lors de la guerre de 1870 après Sedan il défendra Paris.

En 1872 il est cantonné à Toulouse et vient à Castres en 1874. Déjà à l’époque existaient les opérations de courte durée. En 1881 le 9ième part faire la conquête de la Tunisie , cette province de l’empire Ottoman convoitée par les Italiens et les Anglais et en 1882, il bascule  dans le sud Oranais pour mater une insurrection.

De retour à Castres, la vie de garnison reprend entre festivités locales, revues de détail et  campagnes de tir au Larzac.

En 1914 l’orage menace, un effroyable conflit se prépare, personne n’en a vraiment conscience et c’est avec un certain enthousiasme que le 9ième RAC s’embarque à la gare de Castres le 8 août 1914 pour Mirecourt dans les Vosges. Il sera engagé en Lorraine et tirera ses premiers obus le 19 août contre les Allemands à Cutting près de Dieuze.

La Grande Guerre commence…

                                                                                   ADC ® Jacques ANTOINE

                                                                                   Chargé des Traditions

Castres 9 d artillerie 1904

Castres caserne d artillerie

Castres caserne du 9 regiment d artillerie

Quartier 9 racamp

Commentaires (3)

1. paris 18/02/2015

Bonjour .
Ma femme lors de ses recherches généalogique ,vient de découvrir des documents sur un arriére gd pére qui était au 9 éme Rgt d 'artillerie a castres en 1870 GINESTE Simon Barthelemy ,il y a aussi fait sa période d 'instruction qui est précisé était de 20 jours .
Aillant fait aussi partie du 8éme RPIMa ,arriver en 1983 ,çela fait donc déja deux personnes dans notre famille aillant un lien fort avec le quartier Fayolle.
Si vous le souhaiter je tiens a votre disposition les documents que nous avons retrouver .
Merci pour cet historique et ces photographie d 'époque.

2. ANTOINE 11/04/2014

La poudrière se trouvait à l'entrée de la zone de Mélou.
Derrière le Mac Do. Quelques bâtiments conservés abritent aujourd'hui les services techniques de la ville. A l'époque c'était la campagne.

3. AUGEM Eric 08/04/2014

Et la poudrière se trouvait où?????

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