La faune du 8

 

La faune du 8

 

De tous temps, les armées ont eu la réputation de faire bon ménage ou bonne cuisine avec les animaux souvent d’ailleurs avec des paradoxes obscurs aux non initiés.

Exemple les cavaliers aiment beaucoup les chevaux mais ne les mangent pas. Les marins ne supportent pas les lapins à bord mais en mangent à terre. Les paras colos sont plus simples, ils aiment les poules et les mangent. On se souvient des poulets « ralliés » d’Indochine qui sautaient dans les musettes des gars du 8  dans les villages. Une exception pourtant à la 3 qui à l’époque comptait beaucoup plus d’indochinois dans ses rangs que les autres unités. C’était en Annam, en 1952, la compagnie  était  en attente dans la nature lors d’une opération où il ne se passait rien. Le commandant d’unité fait le tour des sections et en arrivant prés d’un groupe constate qu’une odeur agréable se dégage d’une marmite qui mijote sur un feu.

Un indochinois s’approche de lui : « Cep, (il leur est difficile de prononcer le ch) c’est nous faire cuisine, toi venir. » Le lieutenant ne se fait pas prier, surtout pour éviter une ration. Le repas se passe bien il y à de la viande à profusion, le commandant d’unité repart rassasié.

De retour en base arrière il croise le chef du groupe en question il lui demande tout de même.

-        Dites moi Dupont, c’était quoi la viande que votre groupe avait fait cuire ?

-        Le cleps qui nous suivait depuis le village  mon lieutenant !

C’est vrai qu’il y à d’autres façon d’aimer les chiens.

 

En Algérie les poules souffraient aussi du même syndrome de la musette mais le 8 s’est largement pourvu en mascottes de tous poils qui n’ont jamais été mangées. Nasser était chez les commandos à la 4, un âne qui ne s’était pas fait prier pour changer de camp après un accrochage nocturne. Nénette la petite ânesse de la 2 qui s’était invitée une nuit sans lune à l’intérieur du camp en base avancée avec la complicité des sentinelles. Pauvre bête errante, famélique et triste qui un mois de service et beaucoup d’amour militaire après était devenue joyeuse, vive, dodue, dormait sur une litière de luxe, mangeait avec la troupe  avec de temps en temps une rasade de « Kronenbourg ». Il y avait aussi Antoine I le marcassin du PC qui se prenait pour le chef, Antoine II un autre sanglier à la 4, et toute une harka de cleps de toutes les races incertaines possibles.

 

Le  8 juillet 1961, le 8 quitte l’Algérie par le port de Bône avec une montagne de cantines, caisses, sacs, patins, couffins…etc. Les ordres sont clairs pas d’animaux sur le bateau, la Prévôté veille.

A Marseille tout le monde débarque y compris les ânes, les cochons sauvages et la harka de toutous plus ou moins dissimulés. Finalement le colonel retient un fou rire.

Au terminus à Nancy, les équidés et les suidés sont mis à brouter sur le carré d’herbes folles du mât des couleurs de ce quartier Drouot abandonné depuis 6 ans. Belle histoire qui verra tous ces animaux pieds-noirs définitivement adoptés dans les fermes lorraines.

 Et aujourd’hui que reste-il de la ménagerie du 8 ?  Plus rien de vivant mais des symboles pour certains étonnants.

Une chimère, un requin, un canari, un coyote, un ours brun et…une poule (au moins c’est varié !)

 

On dit chimère pour éviter le mot dragon de crainte que St Michel revienne à nouveau le trucider mais notre insigne de tradition porte bien un dragon ! (une chimère est un animal mythologique qui crache du feu, présente une tête et un poitrail de lion, un ventre de chèvre et une queue de dragon) Disons que notre saint-patron à tué le mauvais dragon et que le 8 a pris le bon.

 

Le requin est un animal féroce, puissant qui sème la terreur mais il est fin comme le blindage de la tourelle principale du Bismarck. Il est donc à souhaiter que nos requins à nous soient croisés avec des marsouins. Ils le sont assurément puisqu’ils savent agir sans bruits, sans traces.

 

Le canari est un petit serin des îles du même nom. Candide se poserait certainement la question de savoir pourquoi une troupe de choc a choisi ce petit piaf de 120 grammes comme symbole. Conseillons-lui alors de regarder quelques épisodes de « Titi et Gros Minet » et il comprendra.

 

Le coyote ! Ah ! Le coyote. Vaste programme parce que si l’on regarde le dessin animé, (le candidat représenté à la 4 est bien celui que Chuck Jones inventa en 1949), on ne manque pas de se poser des questions sur le choix du personnage par des guerriers en béret rouge. Il y a beaucoup d’autodérision la dessous et la vérité du coyote est que c’est un animal qui a une grande faculté d’adaptation, qui tue les nuisibles, vit en meute et fait preuve d’une  grande solidarité. Alors si la façade est l’image du Carnivorus Vulgaris Vil-Coyote qui chasse le coucou de Californie (Bip-Bip) avec bien peu de bonheur, la vérité reste : Ruse et Cogne.

 

Puis il y a l’ours brun de la 5. Un animal souvent choisi dans l’histoire pour représenter la force. Il est à sa place pour symboliser une unité militaire. Un seul bémol, il n’est pas à l’aise sur une autoroute et lorsqu’il rencontre un hussard parachutiste en voiture, cela se passe mal pour lui. Il y à donc un effort à faire contre les hussards. (Allusion à la mort d’un ours des Pyrénées percuté sur l’autoroute prés de Tarbes. Le conducteur du véhicule était un hussard para.)

 

Et enfin la poule des sous-officiers qui va jusqu’à se présenter bec haut sur un insigne. Pour nous pas d’ambiguïté elle est là pour se faire plumer mais mettez vous à la place d’un civil. Une poule qui symbolise des sous-officiers  parachutistes alors qu’il existe des rapaces de toutes plumes bien plus impressionnants, ce n’est pas vraiment dans la norme. Décidément, on ne fait rien comme les autres mais avec humour bien sûr.

 

Autre animaux à plumes qui mettent un peu d’animation à Fayolle, les pigeons. Ils ont l’autorisation de survoler et de se poser dans une enceinte militaire depuis qu’un des leurs appelé « Vaillant » matricule 787-15 a porté à destination, sous le feu de l’ennemi, le dernier message du fort de Vaux le 4 juin 1916. Il a même été cité à l’ordre de la Nation. Malgré cela, au 8ième RPIMa, un militaire (hélas trop gradé) leur a déclaré la guerre et tente de les abattre. C’est illégal, non seulement il n’a pas le brevet de DCA mais il tire sur des appareils amis. Le CEMAT sera informé. (Le tireur était le LCL Bruno MEILLAN commandant en second)

 

Je terminerai par les animaux du 8 à qui l’on ne pense jamais, j’ai nommé la colonie de chats de l’ordinaire. Ils sont présents à Fayolle depuis bien plus longtemps que nous tous. Ils habitent dans les sous-sols et lorsque l’ordinaire n’était pas encore aseptisé par les normes ils étaient bien nourris. Aujourd’hui ils résistent malgré les poubelles inaccessibles et patrouillent toujours la nuit tombée. Respectez les, ne les chassez pas parce qu’ils sont là afin que vous les preniez pour exemple : souples, félins et manœuvriers tels doivent être les chats maigres et les paras-colos.

 

 

                                                                                              ADC ® Jacques ANTOINE

 

 

Commentaires (1)

1. langlois Philibert 04/10/2012

Dans mon bureau ONU il y avait une araignée que j'avais appelé CUNEGONDE
cette araignée venait toujours sur le bord du bureau me voir travailler de ses nombreux yeux . Je l'avais apprivoisé je pense, ou bien c'était une espionne des S.R Suisse ou autres !

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